Project Description

Lors de mon séjour à Sofia, j’ai réservé une journée afin de visiter la ville de Plovdiv, la seconde plus grande ville bulgare après la capitale. Elle se situe au cœur des terres de la grande civilisation antique des Thraces à à 150km à l’est de Sofia et est accessible par la route, en train ou en bus. Plovdiv présente un riche patrimoine architectural et un fabuleux mélange d’anciennes cultures – thrace, romaine, bulgare et ottomane. La devise de la ville écrite sur ses armoiries est « Ancienne et éternelle« . Oui, vous avez bien lu. Ne vous dites pas qu’elle vole la place de Rome, car elle est en fait antérieure à celle-ci ! Plovdiv est notamment célèbre avec son théâtre romain et son ensemble architectural du 19e siècle appelé « La vieille Plovdiv« .

Pour cette excursion d’une journée, j’ai choisi de faire appel à l’agence Traventuria, basée à Sofia. L’agence fait la promotion du voyage responsable et possède des objectifs environnementaux, économiques et sociaux. Proposant également un bon nombre d’excursions dans toute la Bulgarie, j’ai utilisé leur service à plusieurs reprises et en ai été globalement très satisfait. J’ai beaucoup apprécié l’amabilité de mon chauffeur et guide Simon et ses explications ont grandement facilité ma compréhension de l’endroit.

PLUS ANCIENNE QUE ROME, CARTHAGE OU CONSTANTINOPLE

C’est parti ! Nous quittons Sofia vers 08:00 et nous arrivons à Plovdiv après environ 2 heures de route. Nous débarquons directement à l’entrée de ce que l’on appelle la Vieille Plovdiv. Cette « réserve architecturale » est un complexe du 19e siècle parfaitement conservé, qui, sur une superficie peu étendue, donne l’occasion au voyageur de passage de traverser plusieurs époques, de voir des édifices anciens parfaitement intégrés dans la vie d’aujourd’hui et de sentir ainsi l’atmosphère de la ville de l’époque de la Renaissance.

A cette époque, Plovdiv est un centre économique important. La ville est peuplée d’un grand nombre de gens aisés et instruits qui sillonnent l’Europe. De leurs voyages, ils ramènent non seulement des marchandises exotiques, mais aussi de nouveaux courants culturels. Les riches commerçants de Plovdiv aiment étaler leur prospérité en érigeant de belles demeures, richement décorées et qui deviendront emblématiques de la vieille-ville. A la différence des maisons en briques crues qui étaient petites, asymétriques et peu pratiques, la construction se déploie avec imagination et envergure, l’accent étant mis sur la magnificence et le souci du détail. Les maisons de l’époque de la Renaissance sont symétriques (salon ovale avec quatre chambres dans chaque coin), enrichies de perrons en encorbellement et de moucharabiehs. Elles sont connues dans l’architecture sous l’appellation « Maisons de Plovdiv« . En plus de leur style très particulier, les maisons des riches comptent plusieurs annexes : des puits en marbre, des dépôts pour marchandises précieuses, des dépendances pour les domestiques, et même des bains turcs avec des buanderies ! Une attention toute particulière est réservée à la décoration de la façade, richement ornementée, tandis que l’intérieur est complété de peintures murales et de riches sculptures sur bois.

Je dois avouer que j’adore le style de ces bâtisses ! Nous continuons notre chemin et passons près d’une ruine. Le Kapiya Hissar faisait partie des fortifications durant la première période byzantine (5e-6e siècle).

Le nom turc Kapiya Hissar (qui signifie « porte de forteresse ») est encore utilisé aujourd’hui, révélant l’importance de la porte à cet endroit au cours de la fin du Moyen-âge. Après quelques minutes de marche, nous arrivons ensuite devant la maison de Dimitar Georgiadi. Je vais me répéter, mais je suis vraiment fan de l’architecture et tout particulièrement des perrons en encorbellement !

Cette maison fut construite en 1848 et représente un bel exemple du style architectural en vogue à cette époque de la maison symétrique de Plovdiv et fait partie du patrimoine de l’UNESCO. Sur ses 3 étages, autour de salons spacieux sont disposées à chaque fois 4 pièces. Le murs intérieurs et les façades de la maisons sont dessinés avec des éléments floraux et géométriques. Quant aux plafonds, ils sont élaborés en bois finement sculpté. La maison était utilisée jusqu’au milieu du 20e siècle avant de devenir un musée en 1961. Le bâtiment a subi deux restaurations : une au début des années 60 et une en 2006-2007 (sous l’initiative du gouvernement japonnais et de l’UNESCO). L’exposition consacrée à la période du Renouveau bulgare et des luttes pour la libération de la Bulgarie occupe 11 salles et deux salons, sur 825 m². Elle est harmonieusement intégrée à l’intérieur original et retrace l’histoire de Plovdiv entre le 15e et le 20e siècle.

Au premier étage est présentée la situation économique et ethnique de Plovdiv pendant la période ottomane. Au deuxième et troisième étages sont présentées les luttes pour l’éducation, l’église indépendante et la libération de la Bulgarie de l’empire ottoman durant le 19e siècle. Une visite que je recommande !

Quelques rues plus loin, nous entrons dans une petite cour joliment aménagée et nous retrouvons devant une autre magnifique demeure. Il s’agit du musée ethnographique de Plovdiv.

Ce musée est le deuxième plus grand musée spécialisé de ce type en Bulgarie. Il fut fondé en 1917 et fut installé en 1938 dans la maison de Kuyumdzhiev. Sa riche exposition présente la culture traditionnelle de la Thrace, des Rhodopes et de Sredna gora de la période du Renouveau bulgare (18e – 19e siècle). L’exposition permanente présente l’agriculture et l’élevage comme les moyens de subsistance principaux de la population de cette région. Les métiers les plus caractéristiques de la période du Renouveau y sont représentés : la production de tissus de laine et de cordons de laine en couleurs, la poterie, la chaudronnerie et la ferronnerie. L’atelier de l’orfèvre est exposé avec tous ses outils. Le musée possède une riche collection de bijoux et de vases d’église. Une place à part est réservée aux costumes traditionnels, aux tissus et aux tapis, aux instruments de musique et aux objets de cérémonies. La vie urbaine y est aussi représentée à travers les intérieurs des pièces de Koprivshtitsa, des Rhodopes et de Plovdiv qui s’ajoutent aux informations sur la vie et la culture de la population locale.

Les œuvres d’art du musée comptent plus de 100 tableaux, icônes, statuettes, panneaux, sculptures sur bois et en métal réalisés par les artistes Simeon Velkov, Kosta Forev, Georgi Bojilov l’Eléphant, Dimitar Kirov et Kolyu Vitkovski. Avec plus de 2’000 objets, la photothèque du musée est une source d’informations importante pour les interprétations scientifiques et pour les illustrations de la vie de Plovdiv et sa région : portraits, vêtements, architecture, mode de vie, cérémonies et fêtes. La plupart des photos, prises par les plus célèbres photographes de l’époque, sont en noir et blanc sur carton et datent du début du 20e siècle. L’exposition comprend la toile unique d’Ivan Markvichka appelée Le marché de Plovdiv et datée de 1888. C’est un des premiers ouvrages à refléter la vie de tous les jours d’une ville bulgare après la libération de la domination ottomane en 1878. L’anecdote amusante au sujet de cette visite est que Simon, mon guide, a du quasiment me pousser vers la sortie, car j’ai littéralement perdu la notion du temps, et après plus d’une heure sur place, nous devions continuer notre visite ! Pas ma faute, l’endroit était tellement intéressant que je n’ai pas vu le temps passer…

Après cette visite plus longue que prévue, nous grimpons sur l’une des 6 collines que compte la ville sur les 7 d’origine.

Recouvert de ruines romaines, le lieu offre quelques panoramas sur la ville et les autres collines. Retour ensuite dans la vieille-ville pour visiter l’église de Saint Constantin et Sainte Hélène.

L’église de Saint Constantin et Sainte Hélène est parmi les plus anciens temples chrétiens de Plovdiv et située sur un site qui abritait déjà un sanctuaire chrétien au début du 4e siècle. Elle se trouve au centre de la vieille-ville. A proximité du temple se trouve l’ainsi dite Hisar Kapiya qui, à l’époque des romains, était la porte est de la ville et la route pour l’Extrême Orient. En 304, au lieu où se trouve actuellement l’église, furent décapités les martyrs Severian et Memnos à cause de leur religion chrétienne. Quelques années auparavant, les 38 martyrs de Plovdiv perdirent leur vie à cause de leur foi. D’après les recherches des archéologues et les sources historiques, le temple à côté de Hisar Kapiya fut construit environ 30 ans après la mort de Saint Severian et Saint Memnos et fut appelé aux noms des martyrs. Lorsque l’Empereur Constantin fut canonisé comme saint, les habitants de la ville décidèrent de lui consacrer le temple existant, ainsi qu’à sa mère Hélène. C’est ainsi qu’il prit le nom de Saint Constantin et Sainte Hélène au fil des siècles.

Durant la domination ottomane, à la place du grand temple existait une petite église en bois, à une nef, sans dôme et cloches et dans un état totalement délabré. Cela s’explique par le fait que durant la domination ottomane, des restrictions considérables existaient en ce qui concerne les proportions des temples chrétiens. Dans cette période, le temple fut plusieurs fois rasé et reconstruit. D’après les sources, Todor Moravenov, célèbre marchand de vestes de bure de Koprivshtitsa, devint membre du conseil de l’église en 1810. Après l’un des derniers incendies vers la fin du 18e siècle, les murs d’adobe étaient en ruine. Moravenov commença alors à rassembler des fonds pour sa reconstruction. En 20 ans, il collecta 200’000 groshes, un montant solide et largement suffisant pour cette entreprise. En 1830, l’activiste du Renouveau Valko Chalakov parvint à faire passer un firman du sultan pour la reconstruction des églises Saint Constantin et Sainte Hélène, ainsi que Sainte Nedelya. Ce firman permettait aux bulgares de construire de nouveaux temples chrétiens. Par suite, les ruines furent démolies et en 1832, un nouveau temple fut érigé. C’est l’église telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Dans les années 1950, lors de fouilles au-dessous de l’abside, d’importantes découvertes ont été faites : la tour rectangulaire liée à la défense de la porte de l’est, Hisar Kapiya, ainsi que l’ossuaire qui préservait les os de dizaines de générations d’habitants illustres de Plovdiv. Aujourd’hui, ils gisent dans une fosse commune dans la cour du temple. Une pierre tombale avec une inscription est installée sur la fosse. La cour de l’église est entourée d’une solide muraille en pierre de 6 à 8 mètres de haut et est couronné par une corniche massive de briques. Quelques bâtiments supplémentaires dans la cour donnent à l’ensemble un aspect de monastère. Aujourd’hui, l’église est un monument précieux de la religion, de la culture et de l’histoire de Plovdiv. C’est le temple orthodoxe le plus prisé de la ville.

En route vers le théâtre romain, nous passons à côté de la maison de Georgi Mavridi, édifiée en 1829-1830, où le célèbre poète et académicien Alphonse de Lamartine séjourna en 1833, au retour de son fameux voyage en Orient.

Et voici le théâtre !

Construit au début du second siècle, à l’époque de l’empereur Trayan (98 – 117), le théâtre antique de Plovdiv est l’un des théâtres les mieux conservés dans le monde. Il fut mis au jour lors de fouilles archéologiques menées en 1968-1979 par le Musée archéologique de Plovdiv. L’hémicycle pour le public (le « theatron ») est construit de manière amphi-théâtrale et est divisé en deux rangs, composés de 28 rangées de gradins de marbre. Les gradins sont divisés en secteurs par des escaliers descendants vers la scène. Les deux rangs sont séparés par un chemin horizontal large (le « diazon »). De côté de la scène est érigé un bâtiment de deux étages appelé « skene », que l’on peut traduire par « scène » (servant de coulisses et à entreposer les éléments du décors).

Les inscriptions et les statues découvertes sur les lieux sont inclues dans l’architecture du bâtiment. Ce théâtre antique comptait 5’000 à 7’000 places. Une grande partie du bâtiment fut détruite vers la fin de 4e siècle par un incendie ou un tremblement de terre et par conséquent, seuls 20 des 28 rangs du théâtre d’origine ont survécus. La scène ayant été complètement détruite fut restaurée suite à des recherches archéologiques approfondies. De nos jours, le théâtre antique est parfaitement adapté à la vie culturelle moderne de Plovdiv et compte 5’000 places. Il représente le monument le plus emblématique de la continuité culturelle et historique de la ville au cours des siècles.

En direction du centre-ville, nous passons à côté de l’église de la Sainte Vierge Marie, dont nous admirons l’extérieur et, quelques pas plus loin, sur un « Art wall » très stylisé.

Une fois au centre-ville moderne de Plovdiv, on découvre un bout du stade antique de Plovdiv sur la place Dzhumaya. Le stade est sous le niveau actuel de la chaussée et son entrée se trouve sous la rue principale Knyaz Alexandre I. C’est l’un des 12 stades antiques construits sur le modèle du stade de Delphes que l’on peut voir de nos jours. Celui de Plovdiv a la longueur imposante de presque 200 mètres. On ne peut pas y accéder mais uniquement observer d’en haut quelques rangées de gradins et la porte voûtée au nord, ainsi qu’une parcelle des remparts de la forteresse du 2e-4e siècle. Le site est tellement petit que l’on passe facilement à côté si on ne prête pas attention. Dans l’Antiquité, des compétitions sportives, des combats de gladiateurs et d’animaux et les célèbres Jeux Pythiques, Kendrisiens et Alexandrins y étaient organisés. Les fragments d’une horloge hydraulique ont été découverts près de l’entrée centrale du stade. Une plaque commémorative rappelle que la torche olympique a passé une nuit ici sur son chemin d’Athènes à Moscou en 1980. Dans l’Antiquité, le stade pouvait accueillir jusqu’à 30’000 spectateurs et représentait donc l’un des édifices les plus grandioses à cet époque.

Il est 15:00 et nous mourrons de faim ! Il faut dire que avons sans cesse repousser l’heure du repas afin d’en voir le plus possible et nous en payons maintenant le prix… C’est en partie ma faute, mais qu’à cela ne tienne, mon guide m’emmène dans un très bon restaurant typiquement bulgare ouvert non-stop, le Dayana. Sur une jolie terrasse dotée d’un mobilier en bois traditionnel, nous consultons rapidement le menu de 30 pages (!) en photos, avec un très grand choix de viande. Le service est relativement bon et la nourriture également. Une fois notre repas dégusté et quelques échanges animés, nous rejoignons notre voiture et entamons notre retour à Sofia.

BILAN DE MON VOYAGE À PLOVDIV

Je vous recommande absolument cette visite de Plovdiv et surtout sa vieille-ville ! L’atmosphère et le charme qui se dégage de ces anciennes maisons vaut le déplacement ! Et si la vieille Plovdiv ne suffit pas à vous occuper, la Plovdiv moderne s’en chargera avec ses magasins, restaurants, bars et clubs. Il y a vraiment de quoi faire, et si vous avez la possibilité de rester sur place quelques jours, je vous le conseille !