Project Description

Construit à la fin du 16e siècle sur un plan reproduisant la forme d’un gril (instrument du martyre de Saint Laurent), le monastère de l’Escurial s’élève dans un site de Castille d’une exceptionnelle beauté. Rompant par sa sobriété avec le style qui prévalait alors, son architecture exerça une influence considérable en Espagne pendant près d’un demi-siècle. Retraite d’un roi mystique, l’Escurial fut, pendant les dernières années du règne de Philippe II, le centre du plus grand pouvoir politique d’alors.

El Valle de los Caídos (« La Vallée de Ceux qui sont tombés ») est un gigantesque monument espagnol de l’époque franquiste construit pour rendre hommage aux « héros et martyrs de la Croisade », désignant par là les combattants nationalistes morts pendant la Guerre d’Espagne.

MONASTÈRE, MUSÉE, COLLÈGE BIBLIOTHÈQUE ET PALAIS, LE TOUT DANS UN SEUL BÂTIMENT

C’est parti pour une nouvelle journée d’excursion, toujours depuis Madrid et toujours avec l’agence Julia Travel. Notre première étape est l’Escurial, immense complexe royal qui se trouve sur le territoire de la commune de San Lorenzo del Escorial situé à 45 kilomètres au nord-ouest de Madrid. C’est une ancienne résidence du roi d’Espagne et elle est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1984. Nous arrivons à la station de bus du village puis marchons une dizaine de minutes pour atteindre le complexe.

Tout en nous dirigeant vers l’entrée principale, notre guide Maria nous parle de l’édifice et de sa construction et nous informe également que photos et vidéos sont strictement interdites à l’intérieur, ce qui explique le peu de clichés pour cette partie de l’article. Comme d’ordinaire, je suppose qu’ils préfèrent voir le touriste passer à la boutique de souvenirs pour acheter quelques cartes, livres ou souvenirs, toujours ce foutu aspect mercantile derrière les sites touristiques…

Dans l’ordre, nous allons donc visiter le palais royal, le mausolée des Rois et des Princes, quelques salles d’expositions et la basilique, le tout construit dans un style « Renaissance espagnole ». Une fois la porte principale franchie, nous arrivons dans la Cour des Rois (Patio de los Reyes) et c’est juste après que je range mon appareil photo pour le reste de la visite. Quelques chiffres pour commencer : le monastère ne compte pas moins de 16 patios, 88 fontaines, 13 oratoires, 15 cloîtres, 86 escaliers, 9 tours, 1’200 portes et 2’673 fenêtres.

Le palais de Philippe II est formé d’une série de pièces décorées avec austérité ; il a été le lieu de résidence occasionnel de ce roi. Il aimait y échapper au poids du cérémonial de la cour et profiter de la tranquillité de la campagne avec ses filles. Loin d’avoir été le «reclus de l’Escurial» que sa légende noire s’est complu à décrire, le «roi prudent» ne s’y enferma pour de longues périodes que dans les dernières années de sa vie, alors qu’il commençait à être mal-aimé du peuple et de la cour.

Le palais historique se situe sur l’arrière de la basilique. Il comprend plusieurs appartements autour d’une cour à peu près carrée. Il est entouré sur trois côtés par un jardin de style Renaissance composé de plusieurs parterres de buis et de gazon. Nous traversons une galerie reliant les deux appartements principaux. Côté nord, on trouve les appartements des filles du roi, principalement occupés par l’infante Isabelle-Claire-Eugénie. Les appartements de Philippe II se trouvent quant à eux au premier étage, à la jonction sud du palais et du monastère. Ils donnent sur le chœur de la basilique par un oratoire. En effet lorsque les portes sont ouvertes, on peut voir l’intérieur de la basilique depuis la chambre principale. Nous passons ensuite par une autre galerie faisant la jonction entre l’appartement de l’infante au nord et la partie du monastère appelée «Palais des Bourbons» : c’est la salle des batailles, dont le plafond et les murs sont couverts de fresques magnifiques représentant les principales batailles gagnées par les armées espagnoles.

Peu après, nous empruntons des escaliers nous menant loin sous terre, jusque dans la crypte royale appelée « Le Panthéon des Rois ». Cette dernière est composée de 26 tombes de marbre où reposent les restes des rois des maisons d’Autriche et de Bourbon. Les murs de marbre de Tolède poli sont décorés d’ornementations de bronze doré et l’ensemble est faiblement éclairé, ce qui donne un aspect mystique au lieu, en plus de la température très fraiche du lieu. N’oubliez pas votre petite laine ! Les derniers restes déposés dans le panthéon ont été ceux du roi Alphonse XIII en 1980 et de son épouse la reine Victoire Eugénie de Battenberg en 2011. Exceptionnellement, les deux derniers sarcophages disponibles sont attribués aux parents du roi Juan Carlos, «Jean III», comte de Barcelone bien qu’il n’ait jamais régné et son épouse María de las Mercedes de Borbón y Orleans. Notre guide nous explique que nous nous trouvons juste sous l’autel de la basilique, comme quoi tout a été construit autour de l’édifice religieux, même en dessous !

La suite de notre visite passe par le « Panthéon des Infants », terminé en 1888 et destiné aux princes, aux infantes et aux reines qui n’ont pas été des mères de rois. Des trois salles que nous traversons, 60 cercueils sont présents mais seuls trente-six sont actuellement « occupés ». La salle où repose Don Juan d’Autriche se démarque clairement, avec des murs et des sols de marbre blanc, ainsi qu’une magnifique représentation de l’homme taillé directement dans le « couvercle » de la tombe. Il est vêtu de son armure et porte son épée mais pas ses gants, qui reposent près de ses jambes : cela signifie qu’il n’est pas mort au combat, mais de maladie ou de mort naturelle. Ainsi, si vous voyez quelque part cette symbolique des gants représentés mais non-portés, vous saurez que la personne représentée n’est pas décédée sur un champs de bataille, une information que j’ignorais jusqu’alors.

Nous continuons notre tour via une pinacothèque regroupant des œuvres allemande, flamande, vénitienne, italienne et espagnole des 15e, 16e et 17e siècles., puis passons dans la célèbre bibliothèque du monastère. Cette pièce est une vrai merveille ! Dotée d’une collection de plus de 45 000 volumes, elle est située dans une grande nef de 54 mètres de long, 9 mètres de large et 10 mètres de haut. Le sol est de marbre et les meubles de bibliothèque de bois nobles, riches et sculptés. Dans la grande salle, la voûte du plafond est décorée de fresques représentant les sept arts libéraux : la rhétorique, la dialectique, la musique, la grammaire, l’arithmétique, la géométrie et l’astrologie. Une grande sphère armillaire témoigne aussi de l’intérêt de l’époque pour les découvertes astronomiques. C’est sans aucun doute la partie de la visite que j’ai préféré, bien que je ne sois pas un grand lecteur.

Notre guide nous informe alors que nous n’avons que peu de temps avant de repartir pour notre prochaine destination, horaire oblige. Du coup, c’est en coup de vent que nous passons dans la basilique. Mais vraiment en coup de vent ! Le temps d’admirer le plafond plat du chœur qui semble étrangement tenir sans le moindre support et le Christ en marbre blanc réalisé par Benvenuto Cellini, un des rares éléments éclairés en permanence dans la froideur et l’obscurité de la basilique, et nous sommes repartis ! Je trouve cela dommage, mais c’est un des problèmes des tours organisés, ressemblant parfois à de véritables marches militaires !

Nous poursuivons donc notre route vers El Valle de los Caídos, ou la Vallée de Ceux qui sont tombés.

BASILIQUE CREUSÉE DANS LA ROCHE, DOMINÉE PAR UNE IMPOSANTE CROIX

A seulement 10 minutes du complexe royal de El Escurial se trouve ce gigantesque monument qui reçoit près d’un demi-million de visiteurs par an. On peut l’apercevoir de loin, bien avant d’arriver au pied d’une croix de pierre de 150 mètres de haut (la plus grande du monde) qui surmonte la montagne. Construite entre 1950 et 1956, huit statues monumentales sont représentées aux quatre coins de sa base (les quatre évangélistes et les quatre vertus cardinales) que l’on pouvait atteindre en funiculaire, mais cet accès a été fermé il y a quelques années.

Au lieu de cela, nous empruntons un chemin de pierre menant à l’entrée du complexe.

Et là, j’avoue être impressionné : l’extérieur est clairement imposant et la croix dominant la colline accentue encore plus la sensation de grandeur. Alors que nous franchissons la massive porte d’entrée en bronze de 10 m de hauteur (réalisé en 1956 par le sculpteur Fernando Cruz Solis et représentant les quinze mystères du rosaire), je range à nouveau mon appareil-photo, interdits dans la basilique. La principale particularité architecturale de ce lieu est d’avoir été creusée sous une colline de la Sierra de Guadarrama. Sa longueur totale est de 262 mètres sous terre et on peut notamment y voir les sépultures de José Antonio Primo de Rivera (depuis le 29 mars 1959) et de Franco (depuis novembre 1975), situées au pied de l’autel, du côté de la nef. Les ossuaires présents réunissent également les dépouilles de 33’872 combattants inhumés anonymement. L’endroit est très sobrement décoré avec quelques tapisseries, fleurs et statues ici et là, le tout sous un très léger éclairage. Le dôme est certainement la partie la plus spectaculaire avec son immense fresque, magnifique !

Outre ses aspects figuratifs, l’ensemble architectural était doté d’une fonction idéologique : en rassemblant des morts des deux camps de la Guerre Civile Espagnole, Franco développait ainsi la rhétorique mystique et nationaliste caractéristique du franquisme tout en cherchant à imposer un symbole d’unité nationale. Après quelques minutes à l’intérieur, je profite de faire quelques photos du parc forestier à l’extérieur avant que nous ne reprenions la route.