Project Description

Ronda, une des villes les plus intéressantes situées sur la route des Pueblos Blancos (les villages blancs), en pleine Sierra de Ronda et à quelques kilomètres de la Costa del Sol, fait partie de la province de Malaga et est séparée en deux par le Tajo del Ronda, un défilé profond de plus de 150 mètres. Ce territoire fut occupé par les Celtes, les Phéniciens, les Romains et les Arabes, et fut reconquis finalement par Rois Catholiques. La vieille-ville aux réminiscences arabes et au tracé médiéval fut déclarée « Bien d’intérêt culturel » et s’étend au sud du Guadalevín tandis que la ville moderne, qui surgit de terre à partir du 16e siècle, se déploie au nord de cette rivière. Plusieurs ponts relient les deux moitiés de Ronda, dont le célèbre Puente Nuevo, le « Pont Neuf », véritable emblème iconique de la ville.

Une ville à flanc de falaise

Pour la découverte de cette ville, je suis accompagné d’une amie japonaise que j’ai rencontré durant mon séjour linguistique à Grenade, Nozomi. Étant elle aussi intéressée à visiter Ronda, nous avons décidé de prendre un train reliant Grenade à notre destination où nous passerons une journée entière. C’est certainement le moyen le plus direct et le meilleur marché (~EUR 30.- A/R), car nous arrivons directement en bordure de la ville et n’aurons qu’à rejoindre le centre historique à pied. Il est possible de s’y rendre en bus, mais le trajet est plus long, car la route passe par Malaga où le bus marque plusieurs arrêts.

Il est encore très tôt lorsque nous arrivons à la gare de Grenade vers 6h30. Il fait nuit et le lieu est quasiment désert. Nous commandons alors un café en attendant le train (très mauvais et trop cher pour ce que c’était), mais heureusement, nous avons pris avec nous de quoi déjeuner un plus tard dans la matinée. Nous nous rendons sur le quai et attendons patiemment notre moyen de transport. A l’arrivée de celui-ci, nous nous installons pour un voyage d’environ 2h30 avant de finalement atteindre Ronda aux alentours de 9h15. A l’aide d’une carte rudimentaire et de notre sens de l’orientation, nous marchons vers le bord de la falaise, que nous longerons par la suite pour atteindre plus facilement le centre historique.

Chemin faisant, nous passons devant l’Église de la Merced, ancien couvent datant de 1585. Nous sommes dimanche et bien qu’une messe ait actuellement lieu, nous entrons tout de même dans l’édifice et admirons l’intérieur avant de continuer notre chemin. Nous passons alors par un petit parc, « La Alameda del tajo », doté de nombreux arbres, bancs, fontaines, statues et même quelques cages où nichent des oiseaux. L’endroit respire le calme et est très agréable à visiter de si bon matin.

En traversant le parc, nous arrivons finalement au bord de la falaise, sur ce qui est selon moi un des meilleurs points de vue de Ronda, un parmi beaucoup d’autres. Pas un nuage dans le ciel, le soleil se lève à peine et déjà, la vue sur la vallée du Guadalevín est tout simplement à couper le souffle ! Nous suivons alors le chemin de terre le long de la falaise, « El Paseo Blas Infante » ou « La Promenade de Blas Infante », au nom d’un politicien, idéologue et écrivain andalou. Quelques minutes plus tard, nous arrivons en vue de l’arène de Ronda, la plus ancienne d’Espagne (1785).

Elle est aussi considérée comme l’une des plus belle au monde et héberge le musée taurin, qui présente plusieurs sujets, en particulier ceux consacrés aux grandes dynasties de toréros de Ronda : les Romero et les Ordóñez. Il est encore tôt et le lieu est évidement fermé, mais je n’ai pas l’intention de payer pour visiter l’endroit (EUR 6.50.-), du à ce qui s’y passe régulièrement. Certains appellent cela une tradition, moi un massacre d’animaux. Bref. Nous entrons dans l’office du tourisme voisin qui lui vient tout juste d’ouvrir pour y prendre une carte de la ville, plus complète que le plan que nous avons avec nous. Nous retournons sur la promenade de Blas Infante en direction du Mirador (point de vue), impossible à éviter pour les touristes visitant Ronda.

Il s’agit d’un kiosque fait de bois et de métal et dont la position, sur un petit balcon de pierre, permet d’admirer un superbe panorama à 270° sur la vallée et une partie de la vieille-ville. Nous prenons quelques photos et mangeons également notre déjeuner, confortablement installé et en contemplation avec le paysage environnant. Un peu plus tard, nous poursuivons notre visite. Et oui, car le meilleur reste à venir !

Grâce à notre plan, nous suivons un chemin de pierres pavées qui fait le tour du Parador de Ronda (l’ancien hôtel de ville) pour finalement admirer de près le célèbre Puente Nuevo, le « Pont Neuf », une colossale œuvre d’ingénierie. Datant du 18e siècle, ses fondations reposent sur la base du précipice, lui-même impressionnant vu depuis le milieu du pont. Sa hauteur atteint 98 mètres et sa longueur est de 70 mètres. Nous remarquons qu’il est possible de visiter le centre d’interprétation du pont pour quelques euros. Nous descendons quelques marches et visitons le petit musée où quelques affiches et films explicatifs présentent la construction du pont et les défis relevés à l’époque.

Après cette visite, nous remontons les marches, puis traversons le pont sans oublier de prendre quelques photos des alentours. Tiens, il y a même des gens se promenant au fond du précipice, le long de la rivière. Nous jetons alors un œil sur notre carte et repérons un chemin qui semble y mener. Pour cela, nous devrons traverser quelques rues et ruelles de la vieille-ville. Je vais voir au passage s’il n’y a pas de maison à vendre dans le coin : imaginez vous réveiller chaque jour devant un tel panorama !

Il s’agit là d’une étape indispensable à faire lors de visites de villes si anciennes. Rien ne me plaît autant que d’admirer à mon rythme l’architecture et l’histoire d’un lieu. Pour cela, rien de tel que de se perdre les rues et ruelles, ce qui n’est pas si facile. Pourtant, on se sent rapidement bien au sein de ce décor contrasté de façades d’un « blanc colombe » habillées de grilles noires en fer forgé et agrémentés, ici et là, de quelques pots de fleurs. Au détour d’une rue, une maison attire notre attention, celle de San Juan Bosco. Un panneau à l’entrée nous indique que la demeure (en tout cas le rez-de-chaussée) peut être visitée et que l’on peut également se rendre dans le jardin, bénéficiant d’une magnifique vue pour quelques euros. Allons-y !

Cette maison est un petit palais moderniste construit au début du 20e siècle. Il se trouve sur la corniche du « Tajo » (ravin), en plein cœur du centre Historique de Ronda. Ce palais a appartenu à la famille des « Granadinos » qui a été cédé comme dernières volontés à la Congrégation Salésienne comme maison de repos pour les prêtres âgés et les malades de l’Ordre Religieux. La demeure conserve une belle cour décorée par des carreaux de faïence émaillés d’évocation nazaréenne et une collection de céramiques régionales très complète. Les jardins sont sans aucun doute la pièce maîtresse du bâtiment, tant par la décoration que par l’incroyable vue panoramique qu’ils proposent. Nous ne passons finalement que quelques minutes à l’intérieur, où nous pouvons admirer des tableaux et tapisseries du 19e siècle et un très joli mobilier en bois de noyer.

Après la visite de la maison, nous marchons quelques minutes et trouvons rapidement l’entrée du chemin nous menant au pied du Pont Neuf. Nous longeons la falaise, accompagné d’autres touristes et d’un groupe de pèlerins. La vue du pont, comme encastré entre deux immenses blocs de pierre, est étonnante. Depuis le bas, la construction est encore plus impressionnante qu’il n’y parait ! La rivière à notre gauche, nous passons sous le pont le long d’un chemin très étroit qui pourrait vite devenir dangereux pour peu que la roche soit humide, ce qui n’est heureusement pas le cas aujourd’hui.

Au bout du chemin, après avoir grimpé sur quelques roches et enjambé quelques tuyaux (chaotique ce chemin, je vous le dis !), nous arrivons devant un grand bassin qui marque la fin de la partie accessible du canyon. Nous apercevons plus loin une cavité d’où sortent d’autres touristes : il va falloir trouver l’accès à cet endroit ! Mais en attendant, nous admirons les hauts murs nous entourant et saluons les touristes nous faisant signe depuis le pont. Nous rebroussons ensuite notre chemin pour aller voir de plus près l’Arc du Christ ou « El Arco del Cristo ». C’est l’endroit idéal pour prendre de magnifiques photos du Pont Neuf, voir même pour s’exercer à l’escalade, comme le prouvent quelques touristes grimpant l’un après l’autre les quelques promontoires rocheux présents.

Nous remontons le chemin pour revenir à notre point de départ, puis marchons en direction du sud. Nous arrivons alors sur la place Mondragon, située juste en face du « Palais de Mondragon » (« El Palacio de Mondragón »), bâtiment du 15e siècle de style mudéjar qui abrite aujourd’hui le Musée archéologique municipal. C’est une visite que je recommande absolument si vous êtes à Ronda, tant les nombreuses petites cours de l’édifice et leurs décorations respectives sont admirables. La cour extérieur, ainsi que la vue panoramique associée sont également à mentionner. Au premier étage se trouve une exposition archéologique très intéressante, depuis les premières traces d’habitations dans les environs de Ronda jusqu’à nos jours.

Nous quittons le musée et poursuivons notre visite jusqu’à la « Plaza de la Duquesa de Parcent » (« Place de la Duchesse de Parcent »), jadis le centre de la ville à l’époque musulmane. Sur la place se trouve l’église Santa María la Mayor (église Sainte Marie Majeure), construite à l’emplacement de l’ancienne grande mosquée, et dont ne subsiste que le mihrab. Juste en face, à quelques mètres de là, se trouve l’actuel Ayuntamiento (Hôtel de ville).

Bon, ce n’est pas tout, mais nous commençons à avoir faim et il est presque 13h. Avant notre départ, j’avais repéré sur Internet un petit restaurant très bien noté, mais situé encore plus loin, en dehors de la vieille-ville. Comme ce n’est pas quelques minutes de marche en plus qui vont nous effrayer, nous poursuivons notre route et descendons du promontoire pour finalement nous retrouver devant l’ancien mur d’enceinte et la « Puerta de Almocábar » (Porte de Almocabar), une des quelques murailles et portes d’accès à la ville, construite au 13e siècle et restructurée dans la période de Carlos Quint. Cette porte doit son nom au mot « Al-maqabir » (cimetière) étant près de la nécropole principale extra-muros, selon une coutume islamique. Elle a été une des principales portes d’accès à la ville et permettait d’entrer dans le haut quartier et à la Medina Musulmane. L’église du Saint-Esprit, bâtiment gothique d’une grande homogénéité, se trouve juste derrière le mur d’enceinte, à une trentaine de mètres de la porte.

Le restaurant que nous avions repéré est encore fermé, malgré l’agitation que l’on peut entendre à l’intérieur. Aussi, nous profitons, en attendant l’ouverture, de monter sur le mur d’enceinte et de nous y promener. Un peu plus tard, nous apercevons enfin un homme préparer la terrasse du restaurant. Nous nous y rendons alors, mais on nous informe que le restaurant est déjà complet et toutes les tables sont réservées. Déçus, nous jetons alors un œil aux alentours : juste après la porte se trouve la « Plaza Ruedo Alameda » (Place Ruedo Alameda), connue pour ses nombreux bars et restaurants. On se dit alors qu’on va certainement trouver une gargote dans le coin. Et effectivement, nous prenons place sur une jolie table située sur la place elle-même et attendons de voir ce que le menu de l’établissement peut nous proposer.

Un homme arrive après quelques minutes et nous explique à l’aide d’un flyer le concept du lieu. Ici, au restaurant Casa Maria, il n’y a pas vraiment de menu. Les plats sont confectionnés selon l’arrivage et au gré des envies de la cuisinière. Pas de carte, pas de menu, mais que peut-on manger alors ? « Un peu de tout », on nous répond. Très bien, va pour « un peu de tout », avec un pichet bien frais de sangria en plus ! Et laissez-moi vous dire que nous sommes loin d’être déçu lorsque les assiettes arrivent les unes après les autres, dans un véritable cortège d’odeurs et couleurs exquises, sans parler de la quantité : bien assez, voir même trop !

Pour une vingtaine d’euros par personne, c’est franchement un des meilleurs restaurant que j’ai pu visiter et je le recommande sans peine ! En plus, nous avons reçu une bouteille d’un vin rouge local en cadeau à la fin du repas, encore une bonne raison pour donner à la Casa Maria une excellente note !  Et histoire de vous mettre l’eau à la bouche, voici un aperçu de notre menu.

Nous rebroussons alors chemin, et revenons vers la « Plaza de la Duquesa de Parcent » (« Place de la Duchesse de Parcent »). De là, nous faisons le tour de l’Église Santa María la Mayor, puis nous dirigeons vers le nord, en passant notamment devant le Minaret de Saint Sébastien. Il s’agit d’une petite tour qui faisait partie de l’une des mosquées de Ronda et qui plus tard a servi de clocher de l’église de Saint-Sébastien, aujourd’hui disparue. Nous suivons notre plan et les quelques panneaux d’indication le long de « Calle Marqués de Salvatierra » et arrivons finalement devant la maison du Roi Maure, notre prochaine visite.

La maison du Roi Maure (Casa del Rey Moro) est un magnifique petit palais du 18e siècle dont l’intérieur est irrégulier à souhait avec des nombreux couloirs et escaliers. Après avoir payé les EUR 5.- d’entrée, nous commençons notre visite par les jardins, accompagnés de notre « guide paon ». Construits en 1923 par l’architecte et paysagiste français Forestier sur ordre de la Duchesse de Parcent, les précieux jardins sont installés en terrasse, décorés avec des faïences, et avec une présence constante d’eau dans les fontaines, les petits canaux et les étangs couverts de nénufars. Un lieu magnifique!

Après un tour dans les jardins, nous partons à la visite de l’ancienne mine de captage d’eau d’origine arabe et datant 14ème siècle. Il s’agit d’une œuvre islamique complexe qui descend au fond du ravin où coule la Rivière Guadalevín. Elle fut construite sous les ordres du roi musulman Abomelic qui a utilisé les chrétiens captifs pour son excavation. Grâce à une diaclase dans la roche, un escalier de 236 marches fut taillé verticalement sur 60 mètres. À l´intérieur, on découvre une série de différentes pièces et salles (parfois avec une ou plusieurs fenêtres), allant de simples réservoirs à des habitations, parfois utilisées comme poudrière ou dépôt de grain. Une fois arrivé tout en bas, sur la plate-forme au bord de la rivière, je me trouve à quelques dizaines de mètres du point où je me trouvais précédemment lors de mon tour dans le « canyon », sous le Pont Neuf. Impressionnant ! La descente aussi bien que la remontée s’est avérée quelques peu chaotique, la pierre étant mouillée et très glissante par endroit dû à l’infiltration d’eau. Tenez-vous à la barrière ! Ah, et notez également que le Palais lui-même est actuellement fermé au public et que l’on ne peut visiter que les jardins et la « mine », ce qui est bien assez !

Nous descendons maintenant la rue de pierres pavées en direction des bains arabes. Se faisant, nous passons sous la porte de Philippe V, une des principales portes de la vieille-ville. Après l’écroulement d’un premier « Pont Neuf » en 1741, cet accès à la vieille-ville fut alors fort fréquenté jusqu’à l’achèvement du Pont Neuf actuel en 1793. Une fois tout en bas de la ville, nous arrivons devant les bains arabes, évidemment fermés le dimanche. Bon, ce sont les risques de voyager en fin de semaine, mais de ce que nous pouvons voir depuis l’extérieur, nous ne ratons pas forcément grand chose. Nous remontons alors en direction du Pont Neuf en empruntant le Pont des Tanneries, puis le Vieux Pont.

Le premier est d’origine arabe et date du 13e siècle. Ce fut l’un des premiers points d’union entre les deux côtés du Tajo de Ronda. C’est d’ailleurs lui qui rendit possible l’expansion de la ville au-delà de la faille et l’accès à la rivière Guadalevín pour l’abreuvement du bétail. Au fil des années, des artisans  travaillant dans le textile et le cuir s’installèrent dans les environs, d’où le nom de Pont des Tanneries. Le second, le Vieux Pont, connait sa première référence historique après la reconquête de Ronda par les Rois Catholiques à la fin du 15e siècle, mais son origine est controversée. Pour certains, il est d’origine romaine et reconstruit plus tard par les arabes, et pour d’autres, il est de construction musulmane.

Juste après le Vieux Pont, sur la gauche, se trouve le début du chemin menant à travers les Jardins de Cuenca, une manière idéale de remonter vers les hauteurs de la ville à travers un très joli paysage, sans oublier la vue depuis le bord de la falaise ! Une fois sur les hauteurs, on aperçoit même le Pont Neuf ! L’endroit est agrémenté d’arbres et de bancs, et nous ne manquons d’admirer le panorama. Une fois de retour vers les hauteurs de la ville, à côté du Pont Neuf, nous marquons une pause sur la Plaza de España (Place d’Espagne) où nous dégustons une petite glace. On sent bien l’aspect touristique du lieu, surtout avec les prix pratiqués ici !

Le temps de nous rendre à la gare pour notre trajet de retour à Grenade approche, mais nous avons encore le temps de nous promener quelques instants dans les rues de la nouvelle-ville, notamment sur la Plaza del Socorro, l’une des places les plus populaires de Ronda avec de nombreux cafés et restaurants d’un côté et une magnifique église de paroisse de l’autre – del Socorro de Parroquia de Nuestra Señora. Et c’est finalement de retour sur les quais de la gare de Ronda que s’achève notre visite. Notre train quitte Ronda vers 17h30 et nous arrivons 2h30 plus tard à Grenade.

C’était tout simplement une magnifique journée ! Le soleil était de la partie, les différents panoramas m’ont bien occupé, moi et mon appareil photo, la nourriture était exquise et j’ai franchement passé un excellent moment sur place ! Ronda est à voir absolument et passer une nuit sur place me parait nécessaire si on veut pouvoir profiter des merveilles qu’offre la cité dans un rythme de découverte, sans nécessairement avoir à courir partout. N’oubliez pas la Casa Maria pour votre repas de midi, vous ne le regretterez pas !