Project Description

Tolède est une ville disposant d’une richesse imposante. Chrétiens, Arabes et Juifs ont vécu ensemble durant des siècles dans cette « Ville aux Trois Cultures », qui conserve encore à l’intérieur de ses remparts un riche patrimoine artistique et culturel, sous la forme d’églises, de palais, de forteresses, de mosquées et de synagogues. Cette grande diversité de styles artistiques explique que la vieille-ville de Tolède soit encore aujourd’hui un authentique musée en plein air et ait été classée Patrimoine mondial.

Je quitte Madrid en bus au petit matin en direction de Tolède, située à 70 kilomètres de la capitale espagnole. Pour cette balade d’une journée, j’ai fais appel à l’agence Julia Travel à Madrid, car je n’ai pas eu assez de temps pour préparer moi-même un itinéraire de visite. Qui plus est, la visite se fera en une demi-journée et ne couvrira que quelques-uns des monuments les plus connus de la cité.

A notre arrivée au pied des remparts, nous grimpons en direction de la vieille-ville qui domine les environs depuis sa colline. La montée s’annonce rude, mais c’était sans compter sur les escalators installés le long des anciens murs qui nous emmènent tout en haut sans le moindre effort. Commence alors notre promenade au gré d’anciennes rues et ruelles étroites.

Tolède, ou Toletum au temps des Romains, est une ville aux profondes racines populaires qui s’implanta sur les bords du Tage après la conquête des terres en 190 av. J.-C. Son importance ne cessa de croître au cours des siècles et elle devint même la capitale de l’Hispanie durant l’époque wisigothe. L’arrivée des Arabes au 8e siècle, ajoutée à la présence des chrétiens et des Juifs, explique que Tolède soit connue comme « La Ville aux Trois Cultures ». Ce fut une période de grande splendeur et le fait que chrétiens, Arabes et Juifs aient vécu ensemble pendant des siècles se reflète aujourd’hui dans le patrimoine artistique et culturel de la ville. La vieille-ville, formée d’un véritable labyrinthe de rues, est entourée de murailles percées de très nombreuses portes dont par exemple « La Puerta de Bisagra », principale porte d’accès à la ville intra-muros, « La puerta de Alfonso VI » ou encore « La puerta del Sol » de style mudéjar.

Ces différentes portes donnent accès à des endroits très pittoresques comme des places (« plaza »), celles-ci étant connues pour être les endroits les plus fréquentés des temps anciens à nos jours. Les synagogues, les mosquées et les églises se dévoilent ensuite au détour de rues étroites dans un parfait mélange de styles religieux.

Après une petite demi-heure de marche, nous arrivons finalement en vue de la cathédrale de Tolède. Il s’agit là d’une construction remarquable, un véritable chef-d’œuvre de l’art gothique ! Sa construction débuta en 1226, mais ne se terminera qu’à la fin du 15e siècle, ce qui peut expliquer la superposition de styles qui la caractérise et le nombre élevé d’artistes qui marquèrent cette œuvre de leur empreinte : Pedro Berruguete, Enrique Egás, Petrus Petri, Juan Guas, etc. Le bâtiment n’est pas ouvert aux touristes aujourd’hui et nous admirons donc sa façade magnifiquement sculptée et décorées de statues, ainsi que ses deux tours (l’une de style gothique flamboyant et l’autre gothico-Renaissance) depuis l’extérieur.

Nous continuons notre visite sur la place de l’Hôtel de ville, dont le bâtiment éponyme occupe un de ses côté et la cathédrale, un autre. Notre guide nous parle alors un peu plus de l’histoire de la ville alors que nous admirons les lieux et prenons quelques photos.

Nous nous dirigeons maintenant vers la rue Santo Tomé, où se situe l’église du même nom. Cette dernière date du 12e siècle, bien qu’elle ait été entièrement reconstruite au début du 14e sur ordre du seigneur d’Orgaz. Nous y entrons afin d’admirer le célèbre tableau « L’Enterrement du comte d’Orgaz », l’un des grands chefs-d’œuvre du Greco exposé dans une salle spéciale.

Comme l’église n’est principalement connue que pour l’œuvre del Greco (qui est magnifique !) et qu’il n’y a donc pas grand chose d’autre à voir, nous sortons de l’édifice alors qu’arrivent deux groupes de touristes japonais : bon timing ! Nous nous dirigeons vers le Musée de Victorio Macho, non pour visiter ce dernier (bien qu’il en vaille la peine selon notre guide), mais pour admirer ses jardins et surtout la vue sur la rivière Tage depuis son promontoire.

Une fois sur place, nous sommes unanimes : le panorama est spectaculaire et on peut même voir le Pont de San Martín sur la droite. Surnommé « L’un des plus beaux couchers de soleil d’Espagne », il fut bâti au Bas Moyen Âge, vers le 13e siècle. Presque entièrement reconstruit par la suite, sa construction primitive reposait sur la pierre de taille. Il a ensuite été progressivement modifié avec l’ajout de nouvelles structures de défense comme les grosses tours de ses extrémités, l’une du 13e siècle et l’autre, intégrée dans les remparts, du 16e siècle. Tous ces travaux ont contribué à la structure actuelle soignée du pont, qui fut déclaré monument national en 1921.

Notre prochaine halte se fera au sein des murs d’une synagogue, celle de Santa María la Blanca, que nous rejoignons par la rue Reyes Católicos.

Datée du 13e siècle, cette synagogue, construite probablement par des maçons musulmans, devint un temple catholique au 15e siècle. Il s’agit d’un édifice de style mudéjar et de tradition almohade. Le plan contient cinq nefs séparées par des arcs outrepassés soutenus par 32 piliers avec des magnifiques chapiteaux finement sculptés, une pure merveille ! Les murs sont ornés en plâtre et les arcades sont revêtus de stuc. Le chevet fut modifié au 16e siècle quand on y ajouta trois chapelles et le retable appartenant à l’école de Berruguete. L’ensemble offre aujourd’hui aux visiteurs un espace d’une grande beauté avec une ambiance spéciale et unique en son genre.

Plus loin dans la même rue se trouve l’imposant monastère San Juan de los Reyes, notre prochaine visite !

Il s’agit d’une commande des Rois catholiques en remerciement de la victoire lors de la Bataille de Toro. Il ne compte qu’une seule nef avec des chapelles latérales entre les contreforts. Sa façade principale arbore encore les chaînes des prisonniers libérés. Il possède un cloître de style gothique tardif et le plafond du second étage est de style mudéjar. Son église à nef unique possède une coupole en étoile. Il faut également souligner le chœur décoré des armoiries des Rois catholiques soutenues par de grands aigles, des arcs en accolade et des figures de saints.

Je m’éloigne un peu du groupe en direction du cloître, considéré comme l’un des joyaux du gothique espagnol de transition vers la Renaissance. L’église communique avec ce dernier par le côté sud via deux portes. Sur les deux cloîtres que possédait l’église de San Juan, seul le plus ancien a été conservé. Il s’agit d’un cloître à deux étages de forme un carré dont le centre est occupé par un jardin. J’en fais le tour et apprécie les jeux d’ombre et de lumière, ainsi que le petit espace de verdure agrémenté d’orangers en son centre. Un endroit qui respire le calme !

Notre visite touche bientôt à sa fin. Nous reprenons la route en direction de la Porte du Cambrón.

On la connaît également sous le nom de « Porte des Juifs ». Son nom vient des arbustes qui l’entourent, qui appartiennent à une famille de Rhamnacées ou « cambroneras » en espagnol.  Construite sur les vestiges d’une porte wisigothe, elle se caractérise par son style Renaissance et son plan carré. Sa façade intérieure montre une statue de sainte Léocadie attribuée à Berruguete. Il s’agit de la seule porte de la ville que l’on peut franchir en voiture, mais c’est à pied que nous passons au travers, puis reprenons notre bus pour Madrid. Ce fut une visite très (trop !) courte et j’ai bien l’intention de retourner à Tolède pour quelques jours, le temps de pouvoir réellement « vivre » cette magnifique cité !