Project Description

La péninsule de Reykjanes (Reykjanesskagi en islandais ou « la péninsule du cap des fumées » en français) est la grande péninsule au sud-ouest de l’Islande, située à environ 40 km de Reykjavik. Elle dispose de plusieurs zones géothermiques à haute température dont trois sont utilisées pour générer de l’électricité. Les sources chaudes y sont nombreuses et le volcanisme très présent, comme en témoignent les cratères volcaniques, les grottes et les champs de lave, une excellente introduction en géologie et facilement accessible depuis la capitale par la route reliant Reykjavik à l’aéroport de Keflavik ou directement via ce dernier, situé au cœur de la péninsule.

Péninsule de Reykjanes

Nous quittons Reykjavík de bon matin en direction de la communauté des Sandgerði, comptant un peu plus de 1600 habitants et l’un des principaux points de pêche du pays. Au fur et à mesure du voyage défile un paysage magnifique, parsemé de fissures, champs de lave et autres sites d’activités géothermiques. Après un bref arrêt dans un port relativement vide (l’heure de la pêche est déjà terminée) et avoir pris quelques photos, notre visite se poursuit le long de la côte, puis à travers la plaine de Miðnesheiði. Nous nous arrêtons alors à proximité de l’église de Hvalneskirkja, construite en pierre durant l’année 1887.

L’église étant toutefois fermée, nous nous contentons d’admirer les environs. Le paysage qui nous entoure est typiquement islandais : pas un arbre ni un buisson, mais quelques vertes prairies suivies tôt ou tard à l’horizon par d’anciens champs de lave où seule des rochers couverts de mousse sont présents. Le contraste est saisissant et c’est un des aspects du pays que j’adore. J’aperçois une petite ferme au loin et je m’y vois déjà y résider, en tout cas durant les mois d’été ! Il est dommage qu’on ne peut pas cultiver grand chose sur le sol islandais, constitué dans sa grande majorité par des sols infertiles et instables. La visibilité étant très bonne aujourd’hui, je peux apercevoir les sommets de la péninsule de Snæfellsnes au delà d’une épave de bateau, un très beau tableau. Nous sommes mi-juin, mais la neige est encore bien présentes dans les hauteurs et c’est bien normal, compte tenu de la situation géographique de l’Islande.

Notre voyage se poursuit, toujours à travers les champs de lave, en direction de Sandvík d’où se séparent les plaques tectonique terrestres eurasienne et nord-américaine. Ici, presque plus d’herbe, mais de la roche volcanique, de la mousse, du sable et des cendres à perte de vue, c’est incroyable ! Nous suivons un petit sentier jusqu’à une passerelle permettant la traversée symbolique de la fissure, preuve évidente de l’éloignement continu des plaques d’environ 2 cm par année ou 2 mètres tous les 100 ans. Ainsi, la jeune île qu’est l’Islande (en comparaison avec le reste de la planète) va continuer de grandir au fur et à mesure de l’éloignement des plaques.

Le pont fut inauguré en 2002, fait 18 mètres de long et 6 mètres de haut, et je ne vous cache pas qu’il est amusant de le franchir tout en se disant « Eh, je suis sur la plaque nord-américaine ! Et maintenant, je suis sur la plaque eurasienne ! ». Certains touristes se prennent même en photo en contrebas, avec les bras levés comme pour « tenir » le pont au dessus de leur tête. Bon, dans ce genre, il y a pire, comme retenir la tour de Pise ou encore pincer le sommet de la tour Eiffel… Bref, revenons à nos moutons. Bien que cela ne se fasse normalement pas, je ramasse une toute petite pierre ponce volcanique noire que je place dans ma poche : un porte-bonheur qui me suivra durant mon périple sur les terres islandaises. L’air de l’endroit semble presque vibrer, mais ce n’est pas encore aujourd’hui que je vais assister à une éruption volcanique, dommage !

Nous nous dirigeons maintenant vers la côte pour y admirer le phare de Reykjanesviti, l’un des plus anciens phares d’Islande. Nous avons également la possibilité de visiter le bord de mer, et de pouvoir grimper sur deux promontoires de lave aux formes incroyables offrant une magnifique vue des alentours. Il va sans dire que je ne m’en prive pas ! La mer d’un magnifique bleu dont les vagues viennent s’abattre sur les rochers, les immenses galets et roches recouvrant les plages et la centaine de mouettes nichées à flanc de falaise complètent ce décor enchanteur. L’air marin est vivifiant et bien que la vue soit à couper le souffle, attention tout de même à ne pas trop s’approcher du bord de la falaise, sauf si vous savez voler !

A présent, en route pour Gunnuhver, un secteur géothermique très actif qui tire son nom de Gunna, une sorcière dont le fantôme aurait hanté autrefois le site. Des températures de plus de 300°C y ont été enregistrées et ont fait de ce lieu l’un des plus chauds du sud-ouest de l’Islande. Dans le passé, Gunnuhver était mentionné comme une zone de source chaude où l’on pouvait observer quelques geysers comme en témoigne la colline Kísilhóll formée de dépôts de silice. Aujourd’hui, ce n’est plus guère que quelques fumerolles et mares de boue qui peuvent être observées. Ces dernières, néanmoins très intéressantes à regarder, sont alimentées par de l’eau de pluie accumulée et il est ainsi possible qu’elles soient à sec s’il n’a pas eu d’averse récemment. Nous nous promenons au cœur du site le long de deux passerelles en bois qui permettent d’approcher de très près les phénomènes géothermiques et c’est impressionnant ! Si le vent le permet, jetez-vous dans le nuage de vapeur qui passe sur le sentier, l’air est chaud, mais sans plus. Attention toutefois à votre appareil photo ou tout autre objet que la condensation pourrait gêner et pensez à bien suivre le sentier balisé, car le sol peut atteindre des températures très importantes !

Nous reprenons à nouveau la route jusqu’au Lagon Bleu, un lieu célèbre parmi les touristes et voyageurs en Islande. Nous allons y rester un moment, le temps de faire trempette et de manger un morceau avant de repartir vers la zone géothermale de Krýsuvík et le lac Kleifarvatn en milieu d’après-midi. J’ai choisi de créer un article à part pour le Lagon Bleu, article que vous pouvez consulter que cliquant sur l’image ci-dessous.

Islande – Lagon Bleu

Krýsuvík et les solfatares de Seltún

Krýsuvík est une région d’Islande également située sur la péninsule de Reykjanes, au milieu du rift de la dorsale atlantique qui traverse l’île du sud-ouest au nord-est. Tout comme bon nombre d’autres zones de la péninsule et comme l’indique l’aspect volcanique et géothermique des alentours, Krýsuvík est un territoire à très haute température. Selon les endroits, cette dernière peut atteindre les 100 °C en surface, et 200 °C à 1’000 mètres de profondeur ! Il convient dès lors d’être très prudent lors de la visite de ces zones, en prenant soin de toujours rester sur les sentiers balisés ! Quelles que soient vos chaussures, je ne pense pas qu’elles apprécient les très hautes températures !

Après une pause des plus reposantes au Lagon Bleu, nous reprenons la route en direction du village de pêche de Grindavík, où nous arrêtons quelques minutes. A peine sorti du véhicule, une odeur nous agresse littéralement le nez. En effet, tout au long de la route sont entreposés d’immenses séchoirs à poissons où pendent têtes et corps de cabillaud, de morue, d’églefin ou encore de loup de mer. Il s’agit là d’un snack particulièrement apprécié des Islandais et au nom aussi nordique qu’imprononçable, le Harðfiskur.

Il s’agit est en faite d’une préparation assez simple à base de poisson séché et salé, une excellente source de protéines, vitamines et également d’oméga 3, même si l’odeur peut en déranger plus d’un. Mieux vaut avoir les narines bien accrochées ! De retour à Reykjavik le soir même, nous aurons tôt fait de trouver en vente cet amuse-bouche et d’y goûter. Surprenant, fort goût en bouche malgré une texture un peu « cartonneuse ». Pas mal, mais je vais rester sur des plats de poissons un peu plus conventionnels.

De Grindavík, nous reprenons la route et suivons la côte jusqu’au site géothermal de Krýsuvík. Ici, l’activité volcanique en surface est impressionnante et on peut voir de loin des fumerolles s’échappant du sol. Ces émanations gazeuses sont produites après une activité éruptive et leur température dicte leur nature : par exemple, pour une température entre 100 °C et 300 °C, les fumerolles sont composées de 90 % d’H2O et de différents composants et minéraux.

Le contact entre l’émanation gazeuse et l’oxygène entraine la déposition de soufre jaune et produit entre autre cette odeur très particulière « d’œuf pourri ». On appelle ces fumerolles des « solfatares ». Durant notre promenade, impossible de ne pas être écœuré par l’odeur, mais autant s’y habituer rapidement, surtout que l’eau de tous les robinets d’Islande possède cette particularité. Bien entendu, lors de ma première visite en Islande, je l’ignorais totalement… Ma première douche était mémorable, je n’avais vraiment pas l’impression de me laver ! Cependant, comme pour tout, on finit par s’habituer à l’odeur après deux ou trois jours, pas d’inquiétude à avoir de ce côté !

N’oublions pas de citer un autre élément marquant de ce lieu ; les « marmites » de boues en ébullition ! Je n’avais jamais vu une chose pareille, c’est vraiment impressionnant ! Ces mares de boue sont en faite un type de source d’eau chaude brassant des sédiments à sa surface (par exemple de l’argile d’origine volcanique, de l’oxyde de fer, du soufre…), et caractérisée par de perpétuelles remontées de bulles de gaz. Il s’agit d’une manifestation d’origine volcanique typique des zones géothermiques et leur température varie généralement de 80 °C à 200 °C. Il va donc sans dire que les bains de boue sont très fortement déconseillés !

Nous poursuivons notre route vers le lac Kleifarvatn, toujours situé dans la péninsule de Reykjanes. Ce dernier a une histoire quelque peu étrange : il s’élargit ou rétrécit suivant la situation géologique ! Ainsi, après un très important tremblement de terre en l’an 2000, l’eau du lac commença à disparaître à travers des failles dans le sol et sa superficie diminua d’environ 20 % en quelques heures. D’autre part, des sources chaudes, jusque-là cachées par les eaux du lac, ont surgi sur ses rives. Les failles s’étant partiellement obstruées depuis, le lac a retrouvé son niveau d’avant le tremblement de terre.

Nous nous arrêtons sur une crête pour admirer le lac et ses alentours, une réserve naturelle assez isolée. Nous reprenons finalement la route à travers un véritable « paysage lunaire » jusqu’à Reykjavik, où se termine cette magnifique journée, à faire absolument lors de votre voyage en Islande !