Project Description

AU CŒUR DU GRAND SANCTUAIRE

Bon, reprenons directement là où nous en étions restés : je viens d’arriver à la station d’Harajuku après un tour très matinal dans le parc d’Ueno et m’apprête à visiter le Meiji-jingū, un sanctuaire shintoïste situé dans un écrin boisé au cœur même de Tokyo. Le chemin à suivre depuis la station d’Harajuku est très bien indiqué, mais dans le doute, pensez à questionner les passants ! En effet, les locaux dont l’anglais est suffisamment bon n’hésiteront pas à vous aider en vous indiquant la direction à suivre.

Cependant et dans la plupart des cas, les japonais vont bien plus loin que cela. En sachant que la langue de Shakespeare n’est pas forcément maitrisée par tous, même dans la capitale nipponne, ils vous aideront d’une autre manière, souvent inattendue et déconcertante pour la plupart des touristes : ils arrêteront ce qu’ils sont en train de faire pour vous accompagner directement là où vous souhaitez aller. Même si cela se trouve à l’opposé et décale leur emploi du temps ! C’est ça, la culture et l’hospitalité japonaise, toujours en rapport avec les mérites accumulés au cours d’une vie. Voyez ça comme un simple renseignement ou une aide bienveillante, eux le perçoivent comme quelques grains de sable ajouté à une balance karmique qui décidera de leur après-vie ou réincarnation. En réalisant cela, je ne peux ressentir d’une seule chose : un respect total et une admiration pour un style de vie dont les tous les habitants de notre planète devrait s’inspirer !

Bon, après cette interlude philosophique, revenons à nos moutons. Sans doute l’un des sanctuaires les plus symboliques de Tokyo et situé dans le parc de Yoyogi, Meiji-jingū fut achevé en novembre 1920 en l’honneur de l’empereur Meiji et de son épouse, l’impératrice Shoken. C’est un témoignage de la reconnaissance des Japonais dont l’exemple le plus flagrant est l’immense parc boisé qui l’encercle. Certains principes d’étiquette valent d’y être respectés comme la purification du corps ou le salut au torii.

En parlant de torii, me voici devant celui de l’allée principal : un gigantesque portique en bois de cèdre d’une hauteur de 12 mètres. C’est encore aujourd’hui le plus haut torii du Japon et je peux vous dire que c’est impressionnant de se tenir à la base d’un seul de ses troncs ! J’observe les locaux s’inclinant respectueusement devant lui avant de poursuivre leur chemin. Ce rite est ainsi très similaire aux rituels de purifications que l’on peut (devrait !) faire à l’endroit prévu à côté de l’entrée de chaque temple. Ici, les hommes gardent les bras sur le côté, le long du corps, avant de s’incliner, dans l’idéal à 90° mais plus souvent 45° car tout le monde n’est pas aussi flexible. Les femmes s’inclinent également avec les mains jointes à l’avant du corps. Observez les locaux, il n’y a pas de meilleur exemple !

J’avance ensuite le long de l’allée principale, entouré d’un parc avec plus de 170’000 arbres de 245 espèces différentes envoyés par des habitants de tout l’Archipel afin d’honorer la mémoire de l’Empereur. Un peu plus loin, j’arrive entre deux imposants monuments en bois : l’un présentant des barils de saké entourés de paille et joliment illustrés, et l’autre des tonneaux de vin français de Bourgogne (si si !). Les tonneaux de saké sont offerts chaque année par une association de producteurs en offrande pour les âmes de l’Empereur et de sa femme. Les tonneaux de vin ont, quant à eux, été offerts à l’initiative du représentant des vins de Bourgogne en signe d’amitié avec le Japon. Un peu plus loin, je fais face à un autre torii presque aussi grand que le premier. Voilà quelques minutes que je marche au milieu de ce que je qualifierais de véritable poumon de la ville de Tokyo ; une bonne bouffée d’air pur au milieu d’une jungle de béton ultra-moderne.

Très vite, je me retrouve devant l’entrée du temple avec sa fontaine de purification par laquelle je n’oublie pas de passer. Jetez un œil sur mon article concernant le Sensō-ji pour en savoir plus sur ces rituels. J’entre ensuite dans le complexe à travers un troisième torii. Le lieu et l’absence quasi total de touristes ou de locaux accentue cette sensation de calme et de sérénité propre aux temples japonais. Je m’approche et franchi l’impressionnante porte donnant sur une grande cour, à travers laquelle j’aperçois déjà quelques locaux venu adresser une prière matinale. Je prend donc mon « ticket spirituel » au guichet, prêt à moi aussi présenter mes respects à l’Empereur et sa femme.

Et encore une fois, on se sent tout petit, déjà que je suis dans une ville comptant une population presque 4 fois supérieure à la Suisse ! Devant moi se dresse une immense place pavée de pierres grises sur fond de sanctuaire shintoïste, le tout cerné par un mur d’enceinte à l’architecture mélangeant bois centenaire et tuiles d’une magnifique bleu-vert. Sans oublier les immenses arbres entourant et protégeant les lieux ! J’en fais plusieurs fois le tour avant de m’asseoir quelques minutes sur un des nombreux bancs de bois réparti sous le mur d’enceinte.

L’esprit se perd facilement dans ce genre d’endroit et pendant un instant qui m’a semblé duré une éternité, je me crois à des kilomètres de toute civilisation. Je reprend finalement pied dans la réalité et me dirige alors vers le mausolée proprement dit où chacun peut rendre hommage et faire une offrande au défunt empereur et sa femme. Pour se faire, rien de plus simple : faites d’abord sonner la cloche, comme toujours pour attirer l’attention des esprits, puis placez une pièce de monnaie dans la boîte devant vous. Inclinez-vous deux fois et frappez dans vos mains avant de vous incliner une dernière fois. Pas de photo ici, l’endroit étant avant tout dédié à la prière.

Au centre du sanctuaire, vous ne manquerez pas de remarquer un arbre entouré d’un tableau où sont accrochées des petites tablettes en bois ornées d’inscriptions diverses. Ce sont des « ema », petites prières offertes au temple pour obtenir l’accomplissement d’un souhait. Moyennant une contribution, on peut rédiger son souhait sur une de ces tablettes avant qu’elle ne soit récupérée par les prêtres qui les adressent ensuite aux divins.

Si le coeur vous en dit, vous pouvez ensuite visiter le Naïen, le musée des trésors qui renferme de nombreux objets utilisés par l’Empereur Meiji et l’Impératrice Shoken. Enfin, avant de quitter les lieux par le même chemin emprunté à mon arrivée, je m’arrête quelques instants dans le hall des souvenirs qui propose un ensemble intéressant d’articles pour pèlerins et touristes, sans oublier les tokyoïtes et également les enfants.

Ah, j’oubliais ! Si vous le visitez le sanctuaire durant le weekend, vous êtes presque sûr d’assister à une procession de mariage shintoïste. D’abord viennent le prêtre et ses assistants suivis de deux religieuses, puis les mariés habillés de kimonos traditionnels et abrités par un parasol géant, suivis de tous les convives. C’est quelque chose que j’ai eu l’occasion d’admirer à plusieurs reprises, notamment à Nara en 2010 et à Miyajima durant ce voyage, et j’en ferais une parenthèse dans un futur article. Si vous ne voyez rien de tel, même durant le weekend, c’est que vous avez probablement choisi un jour néfaste pour le calendrier shinto ! Ici, on vit quotidiennement avec ses croyances et la religion fait partie intégrante de la société nippone.

SOUS LES CERISIERS EN FLEURS, SECONDE PARTIE

Avant d’entamer une balade dans les rues d’Harajuku, je me dirige vers le parc Yoyogi à quelques dizaines de mètres de l’entrée principale du sanctuaire Meiji. Le parc est, comme d’autre, réputé pour abriter de nombreux cerisiers et rejoint ainsi les immanquables d’un voyage durant le printemps. Il est conseillé de s’y rendre durant le weekend également, moment où les Japonais s’y installent pour pique-niquer, se reposer, passer un moment en couple ou entre amis, se rafraichir au bord des bassins durant l’été ou simplement s’y promener à pied ou à vélo (que l’on peut louer sur place) le long des allées ombragée.

Ah, à propos du weekend : tous les dimanches, les talents de la capitale japonaise convergent vers l’entrée est du parc. Des Elvis nippons et des joueurs de cornet revisitent les standards des années 1950 pendant que danseurs de hip-hop et gangs de rockabillies se lancent dans des bœufs endiablés à la plus grande joie des passants. On trouve aussi ce genre de rassemblement un peu à l’extérieur du parc, sur le pont qui fait face à la station Harajuku, où s’exhibent de nombreux cosplayers, Gothic et Sweet Lolita et fans de Visual Kei, un mouvement musical japonais caractérisé par le port de diffèrent niveaux de maquillage et de vêtements élaborés. Bref, en dehors du weekend et en matinée, ne comptez pas trop sur ce genre de spectacle !

Pas grand chose d’autre à ajouter sur le parc Yoyogi, si ce n’est que j’ai passé un moment des plus agréables. Les images parlent d’elles-même et je ne peux ajouter qu’un « modeste » haïku (poème japonais) de débutant.

La sérénité,
Sous les cerisiers fleuris,
Jamais égalée.

HARAJUKU, HAUT LIEU DE LA MODE… ET DES CRÊPES !

Pour terminer ma demi-journée dans les environs, je retourne vers la gare d’Harajuku et entame une promenade sur l’avenue Omotesando, considérée comme les Champs-Élysées japonais. Pour celles et ceux qui me connaissent : vous savez que je ne suis pas amateur de shopping et je déteste perdre mon temps dans les magasins à moins d’avoir le besoin vital de devoir y acheter quelque chose. Je passerai donc rapidement sur mon tour des lieux, que l’on peut résumer à un alignement sans fin de vitrines faisant littéralement exulter de joie tout membre de la gent féminine qui aurait l’audace de s’en approcher.

Bon, ce n’est pas encore midi, mais mon estomac crie famine ! Le temps de me connecter via mon natel sur TripAdvisor, je repère un restaurant à l’intersection toute proche. Kyushujangara Harajukuten est le nom de l’endroit, connu pour ses nouilles. Parfait, c’est quelque chose qui tient à l’estomac sans non plus être trop bourratif. J’entre donc et on m’accueille directement avec un menu en anglais. Après avoir fait mon choix et payé, je reçois un ticket et un siège. Cela va très vite quand on voyage seul ! Le temps de compter jusqu’à 30 après avoir tendu mon ticket au cuisinier et hop, voici mes nouilles fraiches ! L’odeur a d’ailleurs l’air de faire pâlir de jalousie mon voisin occidental qui s’est lui contenté de gyoza… Je déguste alors bruyamment mon plat (c’est la coutume !) dans une ambiance quelque peu chaotique, mais au combien authentique.

Après ce repas, place à une promenade rapide dans le temple de la mode pour la jeunesse Tokyoïte : Takeshita Dori. Je vous rassure, ce sera de l’extérieur seulement ! C’est ici sur près de 400 mètres que se côtoient les boutiques de prêt-à-porter où naissent les nouvelles tendances de la mode japonaise. Si vous êtes à la recherche de tenues aussi délirantes qu’immettables sous nos latitudes, vous êtes à l’endroit rêvé ! La pause de midi approchant, la rue piétonne est remplie à capacité et on circule déjà avec difficulté, la photo ci-dessous décrivant bien la situation. Mon appareil-photo restera du coup dans mon sac, car je ne trouve que peu d’intérêt à immortaliser des vitrines exhibant des quantités folles de fringues et d’accessoires exubérants.

Si vous demandez aux locaux quel plat leur vient en tête lorsque vous dîtes « Harajuku », ce sera certainement les crêpes ! Effectivement, les stands qui vendent cette délicieuse collation sont légion ici, impossible de faire 10 mètres sans en voir un ! Je m’arrête donc devant l’un d’eux, Santa Monica Crêpes.

Les crêpes d’Harajuku, fine galette jaune pâle à base d’œuf, sont confectionnées sur commande en face de vous, rapidement cuite, savamment garnie avec la garniture de choix, puis finalement pliée et remise entre vos mains avides. La plus populaire est une version « crème fouettée et fruits rouges », mais d’infinies variétés existent, y compris des versions salées. Certaines crêpes sont même fourrées avec une tranche entière de gâteau, bonjour la bombe calorique!

Bref, pour résumer, Harajuku est un quartier fréquenté par un grand nombre de jeunes qui, en plus de passer de nombreuses heures à faire du lèche-vitrines ou plus directement du shopping, profitent des weekends durant lesquels ils n’ont pas l’obligation de porter l’habituel uniforme pour se distinguer par un style vestimentaire totalement différent. De célèbres groupes de Visual Kei approvisionnent leurs garde-robes à Harajuku, tels que X Japan, Dir en Grey, AnCafe, etc., et ces modes vestimentaires sont ensuite reprises par les adolescents qui s’exhibent ensuite dans les alentours, pour le plus grand bonheur des photographes.

Autant je ne suis absolument pas trop branché « mode », autant je retournerai volontiers sur place durant le weekend pour prendre quelques photos de cosplayeurs et autre Gothic/Sweet Lolitas. N’hésitez pas à vous approcher d’eux, puis pointer d’un doigt votre appareil photo, signe que vous souhaitez prendre quelques clichés. Dans la plupart des cas, on vous répondra « Ok-desu » (prononcé « ok dès ») qui signifie simplement « ok. » Comptez ensuite sur eux pour vous fournir la meilleure pose possible.

Il n’y a aucune gêne, ces jeunes sont justement là pour se montrer et être pris en photo ! Aujourd’hui, ils ne sont pas étudiants ou jeune employé, mais incarnent les personnages qu’ils ont choisi de représenter. Ici, personne ne médira d’eux et à aucun moment ils ne seront montré du doigt, bien au contraire : on les complimentera et on se fera prendre en photo avec, une forme de reconnaissance que certains apprécient tout particulièrement. Allez, on enchaine ! Vous ne pensiez pas que la journée était déjà terminée, non ? Le temps de reprendre le train de la Yamanote Line et en route vers ma prochaine destination !