Project Description

Cracovie est l’un des joyaux d’Europe Centrale. Moins connue que Prague, la belle Polonaise n’a pourtant rien à envier à sa consœur tchèque. En effet, la cité regorge d’églises, de musées et de palais en un formidable éventail de styles entre gothique et baroque. Et, pour ne rien gâcher, cette ville étudiante possède un nombre impressionnant de cafés et de restos sympas. Que demander de plus ?

CRACOVIE, CAPITALE DE CŒUR DES POLONAIS

Après avoir visité l’actuelle capitale de Pologne, Varsovie, je prends le train depuis la gare centrale à destination de Cracovie. Je n’ai même pas songé à rejoindre mon siège (pourtant réservé), tant les compartiments 2ème classe étaient pleins à craquer. Je me suis donc rendu dans le wagon restaurant pour y trouver un siège de libre. Durant le trajet, je commande à boire et à manger et me documente sur ma future destination tout en admirant le paysage qui défile.

Une fois arrivé, c’est très facilement que je rejoins le centre historique de la ville, là où se trouve mon hôtel, Venetian House Aparthotel. Nous approchons de la fin de la journée, aussi vais-je me promener sur la place principale et aux alentours, histoire de faire un peu de repérage, de creuser mon appétit et d’admirer les quelques édifices alentours. Après le souper dans un restaurant local, je rejoins ma chambre et prépare ma journée de visite du lendemain, dont voici un bref résumé :

Commençons par Rynek Główny, la célèbre place principale.

Cette vaste place a été dessinée en 1257 au croisement des anciennes voies commerciales lors de l’octroi à la ville d’une charte selon la loi de Magdeburg. Le nom de Rynek (Ring) apparaît pour la première fois vers 1300, mais c’est seulement en 1882 lors de l’unification des noms des places et des rues municipales que la place a reçu le nom de Rynek Główny (Place principale, ou Grand’place).

Cette dernière constituait l’espace public le plus important et était faite pour répondre aux besoins des habitants d’une grande ville, avec un siège pour les autorités dans l’hôtel de ville, un centre de vie économique et commerciale (Halle aux Draps), ainsi qu’un centre religieux (église Notre-Dame). Durant les siècles suivants, la surface du Rynek a été systématiquement recouverte, le plus souvent par des boutiques groupées en petits marchés sans grande valeur où l’on vendait sel, charbon, volaille, plomb, tonneaux etc.

Lorsqu’au début du 19e siècle la municipalité entreprit l’action de nettoyer Cracovie, la Place principale fut alors une priorité. Dans les années 1868-1879, on démolit les étalages et les dépendances entourant la Halle aux Draps (tout en remaniant le bâtiment principal) et les bâtiments de la Petite et de la Grande Balance. L’hôtel de ville avait déjà été démonté vers 1820, à l’exception de son beffroi. En 1898, on érigea sur la place la statue d’Adam Mickiewicz.

Je me promène sur la place et commence par visiter (c’est un bien grand mot, disons que je suis juste passé au travers) la Halle aux Draps.

Véritable joyau de l’architecture Renaissance, le lieu est une carte de visite de la ville, son plus ancien «centre commercial» et un de ses plus importants monuments historiques. Autrefois destiné au commerce du drap, c’est de là que la Halle tire son nom actuel. Je passe une bonne heure à naviguer parmi les différents stands et est surpris de découvrir qu’on peut y trouver de tout !

A la sortie de la Halle, je tombe presque nez à nez avec l’église Notre-Dame de Cracovie. Plus de six cent années d’histoire dans une seule église située au cœur de Cracovie !

Les premières mentions de l’église Notre-Dame datent de 1222. C’était une église romane, paroisse des habitants de la ville, qui fut détruite lors des invasions tartares. La seconde église a été bâtie par étapes pendant les siècles suivants, en adoptant sa forme définitive à la fin du 14e siècle. Cette église était placée sous le mécénat des riches familles bourgeoises. C’est à leurs soins et leurs dons que l’on doit une grande partie du mobilier du 16e et 17e siècle: les stalles, les pierres tombales et les chapelles. La plus basse des deux tours (69 mètres) abrite un ensemble unique de cinq cloches. La plus ancienne, appelée Demi-Sigismond, a été coulée en 1438. La tradition veut que la cloche a été transportée au sommet de la tour sans aucune aide par Stanisław Ciołek, fils du voïvode de Mazovie, doté d’une force herculéenne.

Je m’éloigne un peu de place et me dirige vers la Porte Saint-Florian.

C’est cette porte que franchissaient les rois après leurs batailles victorieuses, les diplomates et les grandes personnalités en visite à Cracovie. C’était également la voie des défilés de couronnement et des défilés funèbres des monarques et de leurs familles. Elle a été bâtie en pierre vers 1300. La partie en brique avec la galerie de tir (mâchicoulis) a été ajoutée au 15e siècle. Elle était censée protéger la ville du côté Nord, là où les obstacles naturels telles les étendues d’eau et les marais manquaient. La porte Saint-Florian, haute de 34,5 m constitue un superbe accent dans la perspective de la rue Floriańska et de la Voie Royale. Il est difficile d’imaginer aujourd’hui que dans les années 1901-1953, un tramway passait sous le porche en abaissant à chaque fois son pantographe…

Je poursuis mon chemin et à deux pas de Saint-Florian, je tombe sur le Théâtre Juliusz Słowacki.

L’inscription située sur la façade du bâtiment indique «Voici l’apport de Cracovie à la création et la sauvegarde de l’art national». C’est un des théâtres les plus connus de Pologne et de nombreuses premières retentissantes y ont eu lieu. Comme il est midi passé, je reviens sur mes pas et entre dans un restaurant local que j’avais remarqué près de la place principale. Après le repas, direction la colline du Wawel et son château royal.

Le château («palatium») était initialement modeste. Comme l’ont démontré les fouilles, il se situait au nord de la colline, à l’emplacement de l’une des ailes du château actuel. Celui-ci ne fut étendu vers le nord-est que lorsque Cracovie devint la capitale des souverains de la Pologne entre le 11e et 12e siècle.

Au début du 14e , le roi Władysław Łokietek (Ladislas le Bref) transforma le château de fond en comble. C’est alors que fut construite, entre autres, la tour habitable appelée Łokietkowa, enrichie par la suite, sous Casimir le Grand (Kazimierz Wielki), d’une pittoresque extension appuyée sur d’imposants contreforts, appelée Kurza Stopka (Pied-de-poule). Une autre tour a été élevée dans son voisinage à l’époque de la reine Jadwiga (Hedwige): elle fut appelée Duńska (Danoise) après avoir servi de résidence au roi danois Eric VII pendant sa visite officielle à Cracovie.

Le château ainsi transformé subsista jusqu’en 1499, date à laquelle il fut détruit par un incendie. La reconstruction débuta en 1504 dans le style Renaissance, apporté à Cracovie via la Hongrie par des architectes italiens. Sans perdre ses propriétés défensives, l’ancien château-fort gothique devint alors une résidence à caractère Renaissance doté d’une monumentale cour à arcades. Après l’incendie de 1595, le roi Sigismond III Vasa décida de transférer la cour royale à Varsovie où il s’établit lui-même de façon permanente en 1609. Si les travaux de reconstruction du château de Wawel se poursuivaient, l’époque de son plus grand éclat s’éloignait progressivement et il fut presque complètement pillé pendant l’invasion suédoise (1655-1667). Sa lente dégradation, poursuivie au siècle suivant, fut scellée par la transformation de l’ancienne résidence royale en caserne de l’armée autrichienne.

Le château ne fut récupéré qu’en 1905. On s’attela à lui rendre peu à peu son éclat d’antan: les travaux furent accélérés surtout après que la Pologne eut recouvré son indépendance en 1918. C’est également alors que les trésors et les œuvres d’art pillés par les puissances occupantes pendant la Première Guerre mondiale furent restitués. Parmi eux, le Szczerbiec – l’épée de couronnement des rois de Pologne – et les tapisseries (Arrasy) qui d’ailleurs allaient se retrouver à l’étranger une nouvelle fois pendant la Seconde Guerre mondiale. Au cours de celle-ci, le château servait de résidence au gouverneur général allemand Hans Frank. Les dégâts de la guerre furent cependant limités, ce qui a permis une rénovation rapide. Aujourd’hui, le château abrite plusieurs expositions, entre autres les Salles de cérémonie royales, les Appartements Royaux, le Trésor et l’Armurerie.

Je passe quelques heures à faire le tour des édifices présents sur la colline avant de redescendre par un autre chemin. Se faisant, je passe devant la statue du Dragon du Wawel. Il s’agit d’un célèbre dragon dans la culture polonaise et l’histoire de la ville de Cracovie. Selon la légende, cet animal fabuleux vivait dans une grotte située à l’intérieur de la falaise sur laquelle s’élève la colline du Wawel surplombant la Vistule.

Chaque jour, le terrible dragon battait le chemin à travers la campagne environnante, tuant les habitants, pillant leurs maisons et dévorant leur bétail. Dans certaines versions de cette histoire, le dragon appréciait particulièrement de dévorer les jeunes filles, et ne pouvait être apaisé que si les gens du coin lui laissaient une jeune fille en face de sa grotte une fois par mois. Le roi Krakus voulait en finir avec ce dragon, il demanda l’aide aux plus braves des chevaliers de son royaume de venir affronter l’animal. Tous y laissèrent leur vie à cause du souffle de feu sortant de la gueule de la bête. Dans les versions impliquant le sacrifice des jeunes filles, toutes les filles de la ville furent finalement sacrifiées, sauf une, la fille du roi, Wanda. En désespoir de cause, le roi a promis la main de la belle demoiselle en mariage à qui pourrait vaincre le dragon. Les plus valeureux des guerriers se battirent contre l’animal, mais aucun ne réussit à le vaincre. Un jour, un pauvre apprenti cordonnier nommé Dratewka releva le défi. Il fourra un agneau avec du soufre et le mit à l’extérieur de la grotte du dragon. Ce dernier sortit et dévora rapidement l’animal. Peu de temps après, il eut énormément soif. Il se dirigea vers la Vistule et but tout son saoul et même davantage, tellement le soufre l’avait assoiffé. Mais il but sans cesse sans que pour autant son estomac se calme de la douleur qui le tenaillait. Il continua à boire et son ventre gonfla énormément à mesure qu’il vidait les eaux de la Vistule. Il finit par exploser. Le petit cordonnier Dratewka épousa la fille du roi comme promis et ils vécurent heureux.

Enfin, pour terminer cette journée de visite, je me promène dans le quartier de Kazimierz sans trop savoir où je vais. Kazimierz est actuellement l’un des dix quartiers qui composent le premier arrondissement de Cracovie. Réputé pour ses galeries d’art, ses monuments, ses restaurants et sa vie nocturne, il est très prisé des touristes. C’est aussi un des principaux lieux de mémoire pour la communauté juive. Chemin faisant, je passe à côté du cimetière de la Synagogue Remuh.

La synagogue Remuh jouxte le cimetière du même nom, plus ancien qu’elle de quelques années, puisque les premiers enterrements y on eu lieu en 1551. En Pologne, seules les villes de Wrocław et Lublin possèdent un cimetière juif plus ancien. A l’origine, on y pénétrait par une porte percée du côté de la rue Jakuba, qui a été murée par la suite. Après l’incorporation de Kazimierz à Cracovie en 1800, le cimetière Remuh fut fermé sur l’ordre des autorités autrichiennes, comme d’ailleurs tous les cimetières des églises de la ville situés dans le voisinage immédiat des habitations. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale il était laissé à l’abandon, laissant apparaître seules quelque dizaines de tombes: de plus, les nazis y avaient installé une décharge.

Des travaux de restauration commencèrent en 1956 et on peut aujourd’hui voir dans ce cimetière 711 tombes, certaines en forme de dalles, d’autres en forme de stèle dressée (matzeva). Les fragments des plaques impossibles à reconstituer ont été incorporés dans le mur de la rue Szeroka qui devint ainsi un Mur des Lamentations.

Les Juifs du monde entier viennent ici pour se recueillir sur la tombe de Moïse Isserles, mort en 1572. La plupart d’entre eux y laissent un kvitlach – morceau de papier avec leur souhait, dans l’espoir que Remuh sera leur intercesseur devant Dieu. Sa tombe est la seule de ce cimetière qui n’ait pas été détruite, car des siècles durants, la communauté juive veillait à son entretien. En retournant vers la place principale, je passe juste en face de l’église Saints Pierre et Paul.

Ce temple de Jésuites est la première église en Pologne bâtie dans le style baroque. La façade sans tours, œuvre de l’architecte Giovanni Trevano, est une allusion évidente à l’église romaine du Gesù, ouvrage précurseur et modèle du style baroque précoce. Au début du 18e siècle, on bâtit du côté de la rue Grodzka, selon le projet de Kacper Bażanka, une enceinte sur laquelle furent placées les figures des douze apôtres, réalisées dans un style baroque tardif par le sculpteur jésuite allemand David Heel (les figures actuelles sont des copies). Un peu plus loin se trouve l’église Saint-André.

Cette église est sans aucun doute le meilleur exemple d’architecture romane à Cracovie. Ce bâtiment massif, élevé en pierre de taille à la fin du 11e siècle avait également des fonctions défensives importantes. Le temple, agrandi et renforcé probablement dans la première moitié du 12e siècle, a résisté de manière efficace à l’assaut des Tartares en 1241, en servant d’abri aux habitants de la ville. A cette époque, il portait – non sans raison – le nom de Château bas (par opposition au château royal situé sur la colline du Wawel). En 1320 l’église, nantie d’un couvent du côté sud, fut confiée à l’ordre des Clarisses. C’est de cette époque que date l’oratoire gothique en brique, qui sert aujourd’hui de sacristie.

Après cette journée chargée en visite et mes jambes menaçant de me lâcher à tout moment, je retourne au même restaurant qu’à midi pour y souper avant de retrouver le confort douillet de ma chambre d’hôtel.