Project Description

Enracinée en plein cœur de l’Europe, la Slovénie a conservé les traces du passage de ses glorieux voisins. Recouverte par d’épaisses forêts, cette terre offre des paysages d’une diversité sans pareil : des alpes et hauts sommets aux lacs et vallées glaciaires, des campagnes et plaines bucoliques aux milliers de grottes et rivières souterraines, sans oublier la multitude de cités médiévales et baroques à l’indéniable charme slave.

Aujourd’hui, je quitte Ljubljana pour une excursion d’une demi-journée dans la campagne slovène et c’est n’est pas moins de deux sites uniques de l’histoire et de la culture du pays que je m’apprête à visiter. Nous commençons par la visite du château de Predjama, accroché en hauteur dans une falaise, et terminerons par un tour dans la célèbre grotte de Postojna, l’un des plus grands monuments karstiques au monde. Pour ces visites, j’ai fais appel à l’agence Roundabout, spécialisée dans les tours et excursions en Slovénie et actuellement n°1 dans ce domaine sur TripAdvisor. En route !

Château de Predjama

Juste après m’être joint aux trois couples déjà présents dans le mini-bus venu me chercher, nous prenons la route du sud-ouest en direction du village idyllique de Predjama, au dessus duquel est situé le château éponyme. Cet édifice exceptionnel peut être visité tout au long de l’année et son environnement change au fil des saisons : d’abord au printemps et en été, lorsque les plaines environnantes se couvrent de fleurs, puis en automne, alors que son écrin de forêts se parent de couleurs vives. Finalement, le dernier changement survient quand vient l’hiver et que la neige recouvre la région.

Nous arrivons dans un petit parking à une centaine de mètres du château et pouvons déjà l’observer de loin. Pittoresque, imposant, mystérieux et en partie troglodyte, il est encastré dans une falaise abrupte de 123 mètres de haut, d’où il règne sur son fief depuis plus de 700 ans. Au fil du temps et des époques, il fut sans cesse agrandi et embelli pour former un magnifique ensemble en parfaite harmonie avec l’environnement naturel qui l’entoure. Nous gravissons lentement mais surement le seul chemin d’accès nous menant au pied de l’édifice et y entrons, précédés de notre guide. Commence alors une visite d’environ une heure, agrémentée de quelques explications et récits liés à ce lieu.

Histoire

Le château est mentionné pour la première fois en 1274. Construit par les patriarches d’Aquilée dans un style gothique, il sera ensuite acquis par  les chevaliers d’Adelsberg qui transformeront le château au fil des ans. Son aspect actuel est principalement dû aux travaux de rénovation réalisés par Gallemberg Kobenzl, son propriétaire au 16e siècle. Les différentes parties de l’édifice forment un véritable mélange de style (Renaissance, Roman, et gothique) et d’époque qui donne à l’endroit un aspect simplement remarquable : un magnifique joyau dans un écrin de pure verdure. Les rénovations progressives qu’a subi le château sont très discrètes et ont été effectuées dans le respect historique avec les matériaux et les techniques médiévales, qu’il s’agisse de menuiseries ou de boiseries comme les plafonds, portes et passerelles.

La Légende d’Erasme

L’un des occupants les plus célèbres fut sans aucun doute Erazem Predjamski. Ce chevalier ayant vécu au 15e siècle aura été le plus pittoresque propriétaire des lieux. Cet homme au caractère têtu et rebelle s’est dressé contre l’un des puissants de l’époque, mettant ainsi à l’épreuve le caractère défensif du château de Predjama.

Lorsque l’empereur Frédéric III d’Autriche guerroyait contre le roi hongrois Mathias Korvin, le châtelain Erasme se battit au coté de ce dernier. Vaincu, le roi hongrois fut décapité et Erasme se vengea en tuant un proche de l’empereur d’Autriche. Pourchassé, il se réfugia alors dans son « nid d’aigle » de Predjama. Du haut de  son château, il défia l’empereur. Dès lors renégat, il devint également brigand en attaquant les caravanes de marchand.

Las de ses frasques, l’empereur d’Autriche fit assiéger son château par le commandant de la garnison de Trieste. Le siège dura une année entière. Le secret de cette étonnante longévité est le réseau de galeries et de grottes souterraines que contient cette montagne et Erasme avait ainsi de nombreuses « portes de sorties » vers l’extérieur. Personne, hormis les occupants du château, n’était au courant. Les assiégeants catapultèrent des projectiles durant un an sans le moindre succès et l’’entrée du donjon se limitant à une simple porte, il fut impossible d’en déloger le rusé filou. Ce dernier n’hésitait d’ailleurs pas à provoquer les assaillants affamés en leur jetant toutes sortes de victuailles et des fruits de saison frais. Une telle histoire ne pouvait se terminer que par un acte de trahison et c’est ce qui arriva durant une nuit de 1484.

Erasme venait de s’isoler dans les toilettes, construites à l’extérieur des murs, pour satisfaire un besoin naturel. C’est à ce moment qu’un serviteur corrompu indiqua aux assiégeants la présence de son maître à cet endroit en y allumant une bougie placée sur le bord d’une des fenêtres. Un déluge de pierre s’abattit alors sur la paroi et ensevelit Erasme.

La légende dit qu’il repose sous la place de Predjama à portée de vue de son château, plus précisément sous un immense tilleul planté par sa fiancé et toujours visible de nos jours.

Visite des lieux

Notre visite nous entraine à travers différentes salles où nous découvrons l’histoire du château et de ses anciens propriétaires. L’ensemble compte 38 pièces réparties sur 6 niveaux et est composé de trois grande parties : une partie centrale et deux ailes. Le système défensif extrêmement efficace du château et sa position permettait de voir arriver les visiteurs de loin et offrait ainsi la possibilité aux résidents de préparer une solide défense dans le cas où les arrivants étaient des assaillants. Sur l’une des terrasses extérieure, nous profitons d’une vue imprenable sur la vallée et la rivière avoisinante.

Au quatrième étage, un pont-levis intérieur permet d’accéder à la grotte aménagée qui servait de refuge, poste d’observation et garde-manger. Parmi les autres salles et parties intéressantes du château, on trouve notamment la salle des chevaliers, certainement celle qui abrite le mobilier le plus riche, et la salle à manger qui offre un aperçu de la vie au château à la fin de l’époque gothique. Une chapelle, la salle de justice, une salle de torture et bien évidement des cachots font également parties des salles que l’on peut visiter. Mentionnons également quelques expositions d’objets originaux, maquettes, armes, peintures à l’huile et de nombreux trophées de chasse du dernier propriétaire du château, le prince Windischgrätz.

Nous ressortons finalement du château après une bonne heure de visite. Ainsi, je peux dire que le château de Predjama figure maintenant parmi mes plus belles expériences en Slovénie. Son parfait mélange d’architecture est intégré de manière remarquable à un fabuleux environnement naturel et l’atmosphère unique qui s’en dégage permet de se projeter quelques siècles en arrière, pour mon plus grand plaisir.

Grotte de Postojna

Nous reprenons la route pour un peu moins de 10km en direction de la grottes de Postojna. Il s’agit d’un réseau karstique situé près de la ville éponyme et dont la taille, l’accessibilité et la richesse de ses entrailles en font la plus grande attraction touristique du pays. Nous arrivons dans le parc adjacent et marchons environ 300 mètres pour atteindre l’entrée de la grotte.

De mai à octobre, les visites ont lieu à chaque heure et trois à quatre fois par jour hors-saison. La visite dure environ une heure et demie, une partie à bord d’un petit train électrique et l’autre à pied, et toutes se font en compagnie de guides qui présentent en détail toutes les beautés du monde souterrain dans différentes langues.

La température à l’intérieur de la grotte est constante. Quelle que soit la saison, il y fait toujours approximativement 10°C. Il est donc recommandé de s’habiller en conséquence, sans oublier de prendre avec vous une paire de chaussures adaptées. Vous pouvez louer des vêtements chauds juste avant l’entrée de la grotte et pour votre information, vous n’aurez pas besoin de casque pour la visite !

Déroulement de la visite

Jusqu’en 1818, les visiteurs ne pouvaient voir que 300 mètres du réseau de la grotte. Aujourd’hui, c’est plus de 5 kilomètres de galeries, passages et salles spectaculaires qui peuvent être visités et admirés par les touristes.

Le secteur de l’entrée est constituée d’une partie artificiellement élargie et d’autres, encore à l’état naturel. La Galerie des anciennes signatures, dans laquelle on peut trouver des traces laissées par des visiteurs dès le 13e siècle, se trouve également dans l’entrée. Notre promenade débute réellement sur le quai de l’étonnant chemin de fer de la grotte, animé d’une joyeuse foule ravie de trouver ici un peu de fraicheur, tant le thermomètre extérieur fleurtant actuellement avec les 35°C est effrayant !

Le train de la grotte nous emmène d’abord à travers un tunnel artificiel, puis dans une première galerie naturelle dont les parois noircies témoignent de la destruction d’un dépôt de carburant pendant la Seconde Guerre mondiale. Deux salles s’enchaînent ensuite, alors que la température chute rapidement. La première est émaillée d’admirables concrétions de calcite. La Salle gothique, puis la Salle du congrès (autrefois dénommée la Salle de danse) forment depuis maintenant près de deux siècles le décor exceptionnel de concerts et d’autres manifestations. Le trajet en train continue au milieu des sculptures naturelles et nous fait parcourir 2 kilomètres de plus jusqu’à la Grande montagne, où nous descendons et rejoignons notre guide anglophone.

La Grande montagne (le Calvaire) est une salle souterraine qui a été formée par l’effondrement du plafond, comme en témoigne l’amas de pierres et de rochers éboulés tout autour de nous. Dans le plafond, il est possible d’observer l’endroit où se sont effondrées les différentes couches de calcaire. L’eau s’infiltre à travers les fissures et dépose la calcite sous formes de concrétions sur le plafond. Celles-ci sont majoritairement petites et jeunes car elles s’effritent, tandis que des stalagmites colossales vieilles de plus d’un million d’années parsèment le sol. Nous grimpons jusqu’au sommet via un chemin faiblement éclairé, et admirons une vue particulièrement belle, notamment sur le Pont russe où nous allons nous rendre.

Après la traversée de ce dernier, nous entrons dans les Belles grottes et la Galerie russe qui mènent vers le Nord et au point où la partie naturelle de la grotte de Postojna se termine. L’extrémité des Belles grottes est en effet reliée à la Galerie russe par un tunnel artificiel, qui permet aux visiteurs de faire une boucle et passer sous le Pont russe au retour. Les Belles grottes sont le secteur le plus beau et le plus riche en concrétions de la grotte de Postojna et sans aucun doute la partie que j’ai préféré. À plusieurs endroits, elles s’élargissent pour former des salles dont les noms évoquent les caractéristiques des concrétions qu’elles abritent.

La première est la Salle des Fistuleuses dans laquelle de fins tubes de calcite transparents, blancs et translucides, pendent du plafond les uns à côté des autres. Le plafond de cette salle peut faire penser à une pluie de pierre, et certains guides la surnomment même la Salle des Spaghettis.

La Salle blanche tire son nom de la couleur extrêmement blanche de la calcite et des concrétions de calcite pure, qui ne contient que très peu d’autres éléments mélangés. Cette salle recèle également des gours très caractéristiques. Certains d’entre eux atteignent une taille exceptionnelle et forment de véritables bassins qui retiennent jusqu’à plusieurs milliers de litres d’eau.

Un peu moins calcitée que les deux cavités précédentes, la Salle rouge est dominée par une calcite de couleur rouge. La couleur de la calcite dépend des éléments transportés par l’eau depuis la surface ou à travers la roche au-dessus de la grotte, éléments qui sont précipités en même temps que la calcite. La teinte rouge est généralement due au fer ou aux particules d’argile, tandis que le noir provient du manganèse, du carbone ou des substances de couleur sombre dans la terre.

Nous passons alors sous le Pont russe et poursuivons notre chemin vers la Salle de concert. Dans un élargissement de la galerie, nous admirons le symbole de la grotte de Postojna, une colonne de calcite admirablement cannelée avec à ses côtés une concrétion blanche et scintillante d’environ 5 mètres de haut justement nommée le Brillant. Il se dresse à un endroit où l’eau s’écoule plus fortement et de façon uniforme à travers le plafond sur le sommet arrondi de la concrétion et y dépose constamment et régulièrement une fine couche de calcite pure. Voilà pourquoi la concrétion présente une apparence si blanche et si brillante. Dans cette même salle, on peut admirer sur les murs du fond des draperies de calcite ainsi qu’une cascade de calcite dénommée l’Orgue, tandis que le plafond est constellé de fines stalactites. Cette scène est l’une des plus belles de la partie calcitée de la grotte de Postojna, tout simplement à couper le souffle !

Nous approchons de la fin de la visite et arrivons au pied d’un grand  un aquarium dans lequel vit le protée anguillard, aussi appelé « salamandre des grottes ». Il s’agit d’un animal néotène. En d’autres termes, cela signifie que les adultes conservent la plupart des caractères des jeunes animaux. Tous les protées anguillards sont donc des jeunes qui ont pris les fonctions d’adultes. Imaginez-vous, on raconte qu’autrefois, ce même poisson humain aurait décidé de grandir… Ne serait-il pas alors devenu un dragon ? Dans la grotte, le protée anguillard est côtoyé par 100 autres espèces animales, à certains moment même jusqu’à 150 espèces. Ce sont principalement de petites araignées, le remarquable coléoptère Leptodirus hochenwartii, l’aselle cavernicole, des sauterelles, des papillons, des escargots aquatiques, des chauves-souris…  Avec les découvertes précoces qui y ont été effectuées, Postojna est considérée comme le berceau scientifique de la biospéléologie, ce qui fait d’elle le centre mondial incontesté de la discipline.

Finalement, nous atteignons la Salle de concert, l’une des plus grandes salles de la grotte de Postojna et qui peut accueillir des milliers de visiteurs en même temps. L’organisation de concerts est ici une tradition séculaire dont la popularité ne se dément pas, ce cadre exceptionnel créant toujours une ambiance à nulle autre pareille. Les visiteurs ont alors l’occasion d’acheter quelques souvenirs, avant de se diriger vers la gare sous la salle et de prendre le chemin de la sortie à bord du petit train de la grotte. Des vestiaires et des sanitaires sont aménagés dans cette salle. La visite se conclut par notre retour à la surface. La chaleur étouffante refait alors son apparition alors que je l’avais presque oubliée ! C’est qu’il fait frais là-dessous et j’y serais bien resté. Après cette seconde visite de la journée, nous repartons vers la capitale avec des nouvelles et belles image en tête. Et encore, même si la grotte de Postojna est exceptionnelle, je n’ai encore rien vu !