Project Description

Enracinée en plein cœur de l’Europe, la Slovénie a conservé les traces du passage de ses glorieux voisins. Recouverte par d’épaisses forêts, cette terre offre des paysages d’une diversité sans pareil : des alpes et hauts sommets aux lacs et vallées glaciaires, des campagnes et plaines bucoliques aux milliers de grottes et rivières souterraines, sans oublier la multitude de cités médiévales et baroques à l’indéniable charme slave.

Aujourd’hui, je quitte Ljubljana pour une excursion d’une journée intitulée « Rivière d’Émeraude » et vous allez bientôt voir pourquoi ! J’ai à nouveau fais appel à l’agence Roundabout, spécialisée dans les tours et excursions en Slovénie et actuellement n°1 dans ce domaine sur TripAdvisor. En route !

En route vers le sommet

Cette nouvelle journée commence comme d’habitude à Ljubljana, où l’on vient directement me chercher. J’ai de la chance aujourd’hui, je suis le seul dans le véhicule, jusqu’à ce que mon guide et chauffeur du jour me prévienne que nous allons passer prendre une famille sur la route. Nous roulons une petite heure jusqu’à Bled, où nous rejoignent une mère et ses deux adolescents. Depuis Bled, nous commençons véritablement notre excursion via rien de moins que la plus haute route de montagne de Slovénie ! Mais avant cela, et comme nous allons transiter par un des hauts lieux du pays, permettez-moi une petite parenthèse :

Parc naturel de Triglav

Situé dans les Alpes Juliennes au nord-ouest de la Slovénie, c’est l’unique parc national du pays. Sa beauté saisissante explique facilement son statut protégé. Il tire son nom du Triglav, le plus haut sommet slovène qui culmine à 2864 mètres d’altitude.

Le parc s’étend sur 838 km² (4 % du territoire slovène) le long des frontières italienne et couvre presque la totalité des Alpes juliennes orientales. Plus grand espace naturel protégé du pays, il bénéficie d’un régime de protection environnemental plus strict que les autres parcs naturels du pays. Entre autres, ce régime réglemente strictement la construction d’infrastructures touristiques afin de conserver la nature intacte, tout en permettant à de nombreux visiteurs de se divertir au sein de nombreux sites naturels. Ce territoire est l’un des plus anciens parcs naturels d’Europe.

Le Parc national du Triglav abrite la majorité des quelque 400 sommets de plus de 2000 mètres d’altitude du pays et est ainsi une des attractions dont la vue séduit immédiatement tous les visiteurs. En plus du Triglav, visible depuis une grande partie de la Slovénie par temps clair, les sommets de Mangrt, Jalovec, Prisojnik et Špik sont également impressionnants à voir. Bien que le parc soit une zone karstique de haute montagne, plus des deux tiers de sa superficie est couverte par des forêts de hêtre au sud et d’épicéa et de mélèze au nord. Le relief est très accidenté, avec des sommets acérés, des parois abruptes et profondément entaillées et de nombreuses vallées glaciaires. C’est le must pour les amateurs d’activités de plein air !

Tout ce qui monte d’un côté…

Celles et ceux qui connaissent ce genre de route de montagne ne seront nullement dépaysés ici et même moi, j’ai l’impression d’être de retour en Suisse ! La route commence à grimper, lentement mais sûrement alors que la vue s’élève et voici qu’arrivent les virages en épingles à cheveux ! Il y en a 50 en tout, 25 de chaque côté du col et ils sont signalés par un petit panneau numéroté. Du coup, cela donne une indications aux voyageurs qui empruntent la route, mais également aux quelques cyclistes courageux qui commencent l’ascension à la seule force de leur jambes. Bon courage, vous allez en avoir besoin !

Nous marquons une pause après une petite demi-heure, au-dessus de la route d’où l’on voit côté sud du col du Vršič, notre prochaine destination. Ici se trouve un monument datant de la première guerre mondiale et caché au milieu des arbres. Il s’agit d’une petite chapelle russe qui fut bâtie en mémoire des milliers de Russes qui ont souffert et trouvé la mort durant la guerre. Elle est entourée d’un petit cimetière et une pyramide en pierre portant l’inscription en cyrillique Synam Rossii (« Aux Fils de Russie ») fait office de monument funéraire.

En raison des difficultés d’approvisionnement de l’arrière-pays de la Soča, l’armée autrichienne avait déjà décidé de construire une route de montagne traversant le Vršič, et cela bien avant la guerre. La main d’œuvre faisant défaut, l’armée employa des prisonniers russes pour sa construction. Des travaux intensifs commencèrent en automne de l’année 1915. L’hiver de l’année suivante, une gigantesque avalanche de neige se déclencha des flancs de la montagne Mojstrovka. Celle-ci ensevelit de nombreux prisonniers et leurs gardiens dont le nombre exact de morts n’a jamais clairement été établi : les chiffres indiquent de 170 à 300 Russes morts et de 10 à 80 soldats autrichiens. Ce fut lors de l’enterrement des victimes que naquit l’idée d’ériger un monument en leur souvenir.

Jusqu’au 1er novembre 1916, les prisonniers russes construisirent par le travail volontaire la petite chapelle en bois sur une base en pierre. De nos jours, elle est ouverte au public, mais malheureusement pas aujourd’hui. Les petites tours de la chapelle sont terminées par une coupole baroque telles qu’on les trouve en Russie. Au départ, elles étaient recouverte d’écorce, puis plus tard, de bardeaux et planchettes. Notre guide nous décrit alors l’intérieur, un espace petit, mais simple, peint en blanc. Durant la guerre, on trouvait sur l’autel une icône de la Vierge Marie qui disparut après la fin des hostilités. L’autel en bûches de bois coupées est décoré d’icônes peintes à l’huile. A l’intérieur toujours, on trouve des lustres et des chandeliers forgés, ainsi qu’une photographie de la cérémonie d’inauguration. Avec l’aide de prêtres russes et d’autres hautes instances gouvernementales, une messe commémorative solennelle est organisée chaque année à côté de la petite chapelle.

Quelques photos plus tard, nous reprenons la route jusqu’au pied du mont Vršič, un sommet couvert d’herbe haut de 1737 mètres, situé entre Prisank et Mojstrovka et important point de départ de montagne.

Monter jusqu’au  sommet n’étant (malheureusement) pas à l’ordre du jour, nous nous contenterons de marquer un arrêt de quelques minutes pour admirer les imposantes montagnes environnantes.

Nous sommes sur la partie la plus basse à 1611 mètres et il y a du monde ! Des voitures arrêtées un peu n’importe où le long de la route, des motards par dizaines et des sportifs se préparant pour la promenade du jour, bref on se croirait presque au milieu d’une fête de village de montagne ! Mais pour retrouver le calme, il suffit de se tourner le dos à la route et admirer la nature environnante.

… peut redescendre d’un autre !

Après cet interlude, nous redescendons le col de l’autre côté, puis roulons à travers la vallée de Trenta jusqu’à Bovec, petite ville pittoresque de 1700 habitants et connue dans la région pour son immense capacité hôtelière. Le rythme de vie élevé de la ville est entretenu par de nombreuses activités sportives et associations, par l’organisation d’événements et grâce à la célèbre hospitalité de la population locale. Bovec est traversée par la rivière alpine Soča et c’est cette dernière que nous allons suivre tout en nous arrêtant de temps à autre pour faire quelques photos et admirer les magnifiques paysages. Au fur et à mesure des arrêts, je ne souhaite qu’une chose : m’installer dans une petite cabane des enrivons, au bord de la rivière et vivre chichement de la chasse et de la pêche, tout en me déconnectant complétement de la société ! Toutefois, cela demande pas mal de préparatifs, aussi je reporte cette idée et nous poursuivons notre route au sein de cet écrin de verdure traversé par cette rivière aux reflets d’émeraude.

Et oui, vous l’aurez compris : comme elle l’est pour l’émeraude, la couleur de la Soča est le symbole de la régénérescence et de l’éveil. La pierre précieuse et la rivière se retrouvent dans l’harmonie transparente du vert, de la paix colorée et du rafraîchissement. Qu’est-ce qu’un voyage sur les bords de la Soča, sinon une recherche de la beauté de l’émeraude, un repos de l’âme délivré aux hommes par son eau vierge, perpétuellement prodiguée par les majestueux sommets qui l’entoure ?

L’eau d’émeraude de la Soča et de ses affluents a fait également naître chez un grand nombre de personnes un sentiment d’irrésistible excitation. Ces derniers se sont alors mis à descendre le cours de la rivière dans de grands zodiacs ou en kayak, auxquels on peut aussi ajouter les adeptes de l’hydrospeed et du canyoning qui confient leur corps aux chutes d’eau et autres gouffres.

Au bout de la route nous attend la petite ville agréable de Kobarid, située au carrefour historique des routes qui traversent la vallée de la Soča en direction du Frioul. De nombreux vestiges archéologiques datant de l’âge de fer témoignent de l’importance stratégique de la région dans l’antiquité. L’empreinte la plus profonde fut sans aucun doute laissée par la Première guerre mondiale lorsque l’armée autrichienne, avec le soutien des Allemands, perça le front de la Soča lors de la 12ème bataille. L’histoire de la région et principalement du front de la Soča est relatée dans le musée de Kobarid, sacré meilleur musée d’Europe en 1993 et notre prochaine visite. Mais avant cela, un bon repas s’impose. Nous sommes « libérés » une heure et se sera suffisant pour m’installer en terrasse d’un bon restaurant dans les environs. Nous nous retrouvons ensuite devant le musée et en visitons les différentes salles. Ces dernières, remplies à craquer de riches matériaux photographiques et de projections multi-visions, exposent subtilement l’histoire difficile et les heures sanglantes des rives de la Soča.

Après la visite très intéressante du musée et le visionnage d’un petit film informatif, notre guide nous informe de la possibilité de faire une descente de rafting dans les environs ou de rester à Kobarid. Je choisi la seconde possibilité, premièrement car je n’ai ni linge ni maillot de bain, et deuxièmement parce que je souhaite pouvoir visiter la ville à mon rythme. La famille qui m’accompagne choisi par contre d’essayer le rafting, une première pour eux. Ayant moi-même eu l’occasion d’en faire en Nouvelle-Zélande, ce n’est pas quelque chose que j’ai l’impression de rater et en informe notre guide. J’ai donc environ deux bonnes heures de temps libre pour me promener à travers le temps le long des rues historiques de Kobarid.

Toutefois, en moins de 15 minutes, le ciel se couvre rapidement et un orage titanesque finit par éclater peu de temps après. Tant pis pour la balade, je cours me réfugier rapidement dans un des restaurants encore ouvert et m’installe à l’une des fenêtres, admirant Mère Nature se déchaîner. Un vent incroyablement puissant souffle à présent dans les rues et une pluie drue commence à tomber. En quelques minutes, c’est littéralement l’apocalypse. La visibilité est considérablement réduite et de nombreux automobilistes s’arrête sur le bas-côté de la route en attendant que cesse cette averse. Je commande alors une boisson chaude et pense à la famille partie en quête d’une aventure humide dans les eaux émeraudes de la Soča : ils vont être servis ! J’imagine que cela donne un côté fun à l’expérience, mais quand soudain se mettent à pleuvoir des grêlons aussi gros que des biles, je me dis que là, ça devient carrément dangereux. L’orage va durer ainsi 40 minutes sans faiblir, le temps pour moi de bouquiner et trier mes photos bien à l’abri de l’intempérie.

Le temps qu’on vienne me récupérer deux heures plus tard, le ciel s’est dégagé et il fait à nouveau relativement beau. Je demande alors à la famille s’ils ont pu faire leur rafting, mais malheureusement non : après 30 minutes de route, le temps d’arriver au point de départ du rafting, il a commencé de grêler et les moniteurs de rafting ont choisi d’annuler la sortie. Ils sont donc restés abrités dans le centre sportif avec le guide pendant presque 2 heures, pas de chance… De mon côté non plus, je n’ai pas pu visiter Kobarid, mais ce n’est que partie remise !

C’est maintenant sous un ciel à nouveau serein que nous reprenons la route en suivant toujours la Soča. Une demi-heure plus loin, nous nous arrêtons et descendons du véhicule pour entamer une marche d’une heure d’abord le long d’une imposante gorge, toujours traversée par la rivière d’émeraude.

Nous suivons un petit chemin de terre le long de la gorge jusqu’à un pont en bois sur lequel nous nous aventurons. C’est l’occasion d’admirer la vue de la rivière Soča et les quelques kayakistes qui s’y aventurent. Quelques baigneurs courageux s’y trempent les pieds ou pique carrément une tête dans les eaux glacées ! La nature environnante est magnifique et d’une tranquillité sans pareil !

Nous poursuivons notre route et nous éloignons un peu de la rivière pour suivre le ruisseau de Kozjak, affluent gauche de la Soča, jusqu’à son embouchure, toujours au sein d’une forêt dense. Nous croisons quelques touristes qui, comme nous, cherchent à atteindre la chute d’eau la plus pittoresque de toute la Slovénie: Veliki Kozjak (ou « Le Grand Kozjak »). C’est finalement après une vingtaine de minutes de marche que nous arrivons au bout du chemin. Ce dernier s’engouffre entre quelques rochers d’où semble provenir un léger grondement, évidement provoqué par la chute d’eau.

Cette dernière a creusé au fil des siècles une espèce de grande salle souterraine dont le fond est percé de gouffres bleu vert, et dont les parois constituées de concrétion calcaire réverbèrent tout sons à des mètres à la ronde, comme dans les grottes karstiques. Une colonne d’eau blanche de 15 mètres de haut offre aux promeneurs un spectacle inoubliable, sans compter les amateurs de sensations fortes qui s’apprêtent à sauter depuis les hauteurs et des baigneurs, tout aussi aventureux !

C’est finalement en fin d’après-midi que nous reprenons la route pour Ljubljana après une autre magnifique journée au cœur d’une nature à nulle autre pareille ! Mon carnet de voyage commence à se remplir d’idées et de choses à faire lors d’un prochain voyage dans les environs et je m’en réjouis déjà par avance !